Une citation commune au Talmud et au Coran ne dit-elle pas à peu près ceci : Qui sauve une vie sauve l'humanité entière ?
Auteur
Mohammed Aïssaoui
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Elie Wiesel me dit cette phrase que je ne peux oublier : « Celui qui écoute le témoin devient témoin à son tour.»
Je crois que plus un pays est libre, plus sa volonté de préserver sa mémoire est grande. Et plus ses archives sont importantes. Un pays libre n'a pas peur de son passé.
Un pays libre n'a pas peur de son passé.
Je me dis aussi qu'il n'y a pas beaucoup de différences entre une vie consacrée à une cause et une vie sacrifiée.
Les hommes ne laissent pas libres. Ils le deviennent.
La phrase de l'universitaire Hubert Gerbeau, « L'histoire de l'esclavage est une histoire sans archive », est tellement juste.
Tous les rouages politiques, administratifs, judiciaires tendaient vers ce seul but : entretenir la machine esclavagiste pour nourrir l'économie.
Une fois que les hommes ont obtenu ce qu'ils désirent, ils s'empressent d'oublier celui qui les a aidés.
Un homme libre n'a que sa parole.
Dans L’Étranger, il y a une phrase qui m'a beaucoup marqué. Comme par hasard, elle fait référence aux souvenirs. Dans la deuxième partie du roman, celle où Meursault est emprisonné et attend son jugement, il dit ceci : « J'ai fini par ne plus m'ennuyer du tout à partir de l'instant où j'ai appris à me souvenir.» En gros, il expliquait qu'on pouvait vivre de souvenirs et que - en grossissant e trait- la prison m'empêche pas de vivre.
De mes souvenirs d’enfance, je ne garde qu’un arbre penché sur une rivière. La fraîcheur de l’eau, le soleil l’après-midi, les noyaux d'abricots, et c’est tout.
De mes souvenirs d’enfance, je ne garde qu’un arbre penché sur une rivière. La fraîcheur de l’eau, le soleil l’après-midi, les noyaux d'abricots, et c’est tout. Oubliés les prénoms de mes amis. Les noms de famille de mes voisins. Les parfums et les jeux. La faute à un choc : à neuf ans et demi, je quittais un pays pour un autre. Deux ou trois heures de voyage, ça peut vous tuer une mémoire, et faire sauter les plus beaux souvenirs : ceux de l’enfance insouciante.
Aujourd’hui, j’ai atteint le demi-siècle et je cours toujours après ces souvenirs qui s’éloignent à toute vitesse. Il paraît que la mémoire est un muscle qu’il faut faire travailler. C’est à cette gymnastique littéraire que je vous convie.
Plus un pays est libre, plus il possède d'archives. Pourquoi ? Parce qu'un pays libre n'a pas peur de son passé. Regardez ce qu'il se passe dans les pays dictatoriaux : on efface le passé, on efface même des hommes sur les photos.
Le dictionnaire rappelle que le souvenir est également un objet : un cadeau, un présent. Avec de tels rapprochements, les psychanalystes peuvent se régaler. Le souvenir, un cadeau ? Pas toujours. Un présent ? On croyait qu'il n'évoquait que le passé...
Toute l'oeuvre de Proust est l'oeuvre du souvenir.
Ce qu’on ne se dit pas n’est-il pas aussi important que les mots échangés ?
Elle explique que c’est le manque de respect qui fait le plus mal, ce sont des mots tels que « cas social », « mauvaise mère », « incapable », « bonne à rien », « assistée »… Cela donne le sentiment de ne pas exister, de ne pas faire partie du même monde, de ne pas être traité comme les autres.
Si des mots peuvent faire un bien fou – ces mots doux et chauds que l’on reçoit comme des cadeaux, qui emplissent de joie et de reconnaissance –, les mots peuvent aussi blesser. Gravement.
J'essaie de comprendre, en posant des questions. A quel moment le funambule ne tient plus sur le fil ténu de la vie et bascule ?
A quel moment le funambule ne tient plus sur le fil ténu de la vie et bascule ?
Je ne peux m'empêcher de trouver toute existence extraordinaire. Pour peu qu'on veuille bien prendre la peine de se pencher dessus, chaque vie est exceptionnelle et mérite d'être contée, avec sa part de lumière, ses zones d'ombre et ses fêlures - il y en a toujours, je sais comment les détecter. D'ailleurs, c'est mon obsession, ça, quand je rencontre quelqu'un je me demande quelle est sa fêlure: c'est ce qui le révèle. Et dans ce domaine, il n'existe pas d'injustice, pas d'inégalité: chacun porte sa fêlure, les misérables et les milliardaires, les petites gens et les puissants, les employés et les patrons, les enfants et les parents.
Je ne peux m'empêcher de trouver toute existence extraordinaire. Pour peu qu'on veuille bien prendre la peine de se pencher dessus, chaque vie est exceptionnelle et mérite d'être contée, avec sa part de lumière, ses zones d'ombre et ses fêlures.
Une somme d’échecs nourrit le succès. J’aimerais y croire.