Auteur

Marie-Aude Murail

Barthélemy était la seule personne au monde à ne tenir aucun compte de l'état de Siméon et à lui raconter des idioties pendant une heure d'affilée. C'était un peu saoulant et très réconfortant.
Chapitre 13 qui n'existe pas pour ne pas porter la poisse aux Morlevent.
Je crois que j'avais une terrible envie d'écrire quelque chose, mais je ne voyais absolument pas quoi.
Ma soeur, en m'élevant comme elle l'avait fait, avait exacerbé ma sensibilité. Dès que j'avais su parler, j'avais compris qu'on était injuste avec moi. Dans le petit monde où vivent les enfants, rien n'est plus vivement ressenti que l'injustice.
Ce moment de théâtre, sang et or, surgissant de nulle part, se planta en nous trois comme un éclat d'obus dans la tête d'un poilu ! Mais nous n'en avons rien su à l'époque parce que nous ne nous parlions pas.
Je suis dans ma vingt-troisième année. Mais je me sens plus âgée. Et pourtant, je n'ai presque rien vécu. Les années immobiles comptent peut-être doubles.
Comme dit Goethe : « On ne devient adulte que lorsqu'on a compris ses parents et qu'on leur a pardonné. »
Il est plus facile de se dire sans valeur que de se battre pour prouver qu'on en a.
Les médiocres sont toujours heureux de piétiner le génie quand il trébuche.
Je lisais et je me mettais à aimer violemment des gens que je n'avais jamais vus, à les aimer comme je n'avais jamais aimé personne, et à vouloir leur bonheur de toutes mes forces.
Je faisais cette expérience étrange qu'une joie qu'on ne peut partager devient presque un chagrin.
Au jour de mon douzième anniversaire, j'ouvris solennellement la lettre que je m'étais écrite trois ans plus tôt. « Chère amie, quand vous me lirez vous serez une vraie savante… » Je souris en m'apercevant de ma naïveté. Plus on apprend, plus on sait qu'on ne sait rien.
Savez-vous ce que dit notre poète Richter ? « L'empire de la mer est aux Anglais, celui de la terre est aux Français et celui de l'air aux Allemands. ». Voilà pourquoi nous nous entendons si bien.
Il n'est pire chose pour un timide que de rencontrer son semblable. C'est comme un miroir qui vous ferait la grimace.
Si vous êtes amoureux, empruntez à Cupidon ses ailes.
L'alexandrin c'est quatorze pieds, les douze du vers et les deux sur lesquels tu te tiens.
Alors, c'est quoi pour vous, le théâtre ? Une juxtaposition de monologues ? Et la vie ? Une juxtaposition de solitudes ?
Le premier langage est celui du corps. Les mots, ça vient après.
Au théâtre comme en amour, tu peux m'ouvrir cent fois les bras, c'est toujours la première fois.
- As-tu déjà entendu parler de la diérèse ? - \r\n- Ça me dit quelque chose, réponds Ronan innocemment.\r\nC'est une chance parce que, sans la diérèse, il n'y a pas de poésie. On ne prononce pas audacieux comme tu l'as fait, mais audaci-eux. Quatre syllabes. Pas mendiant. Mais mendi-ant. Trois syllabes. - \r\n- Mais ça fait bizarre, ricana Ronan. - \r\n- Oui monsieur, c'est de la poésie ! s'enflamma Jeanson. C'est artificiel ! Si les gens veulent t'entendre parler comme dans la vie, ils ne vont pas au théâtre, ils restent chez eux. Maintenant, tu recommences et tu soignes ces diérèses. - \r\n- Quand Don Juan descendit… - \r\n- Non, Monsieur. Tu sors et tu nous refais une entrée. (…) L'alexandrin, c'est quatorze pieds, les douze du vers et les deux sur lesquels tu te tiens.

Œuvres de Marie-Aude Murail

3 000 façons de dire je t' aime (2013)De grandes espérances (2012)Miss Charity (2008)Oh, boy ! (2000)Oh, boy ! (2000)