Auteur

Mahmoud Darwich

Celui qui m'a changé en exilé m'a changé en bombe... Palestine est devenue mille corps mouvants sillonant les rues du monde, chantant le chant de la mort, car le nouveau Christ, descendu de sa croix, porta bâton et sortit de Palestine.
Le ciel est loin de la mer... et je suis loin de mes mots.
Je dis tant de choses sur la différence ténue entre les femmes et les arbres, Sur la magie de la terre, sur un pays dont je n'ai trouvé le tampon sur aucun passeport. Et je demande : Mesdames et messieurs aux coeurs bons, la terre des hommes est-elle, comme vous l'affirmez, à tous les hommes ?
Le vent m'emporte lorsque la terre me devient étroite. Il me faut voler et brider le vent. Mais je ne suis qu'un fils d'Adam.
Il y a des morts qui sommeillent dans des chambres que vous bâtirez. Des morts qui visitent leur passé dans les lieux que vous démolissez. Des morts qui passent sur les ponts que vous construirez. Et il y a des morts qui éclairent la nuit des papillons, qui arrivent à l'aube pour prendre le thé avec vous, calmes tels que vos fusils les abandonnèrent. Laissez donc, Ô invités du lieu, quelques sièges libres pour les hôtes, qu'ils vous donnent lecture des conditions de la paix avec les défunts.
Je ne désire de l'amour que le commencement. Les pigeons ravaudent le vêtement de ce jour. Les fenêtres sont vides des jardins de ton châle. En un autre temps. Je savais nombre de choses de toi et je cueillais le garénia.
Je suis toi dans les mots. Un même livre nous réunit. Nous sommes également couverts de cendre et nous n'étions. Dans l'ombre que deux victimes, deux témoins Deux courts poèmes sur la nature Attendant que le ravage achève son destin.
La poésie est née des premiers étonnements devant la vie, quand l'humanité naissante s'interrogea sur les premiers mystères de l'existence. C'est ainsi que l'universel fut, dès l'origine, local.
J'invite la terre à être le tabernacle de mon âme lasse.
Dais de moi, si je rentre un jour - Une ombrelle pour tes paupières - Recouvre mes os de cette herbe - Baptisée sous tes talons innocents.
Comment les cinq sens essaient-ils d’entrevoir le prodige - \r\nQuand tes yeux sont des miracles ? - \r\nTu dors à l’heure où les vagues m’enlèvent - \r\nEt aux frontières de ta poitrine, débute la mer.
Puissent les mots, enfin limpides, nous laisser entrevoir les fenêtres ouvertes - \r\nPuisse le temps se hâter avec nous, et apporter notre lendemain dans ses bagages.
Je t'ai demandé de te vêtir de moi, automne, pour me faner en toi et reverdir à deux.
Les souvenirs sont parfois l’identité des étrangers. Mais le temps s’unit au souvenir. Il enfante des réfugiés que le passé abandonne et laisse sans souvenir.
La guerre : Elle démolit notre pièce de théâtre pour nous contraindre à jouer sans texte ou dialogues.
Et nous chantons en cachette : Beyrouth est notre tente. Beyrouth est notre étoile.
J'ai la nostalgie du pain de ma mère, - \r\nDu café de ma mère, - Des caresses de ma mère... - Et l'enfance grandit en moi, - Jour après jour, - Et je chéris ma vie, car - Si je mourais, - J'aurais honte des larmes de ma mère !
Le café, pour l'amateur que je suis, c'est la clé du jour. Le café, pour le connaisseur que je suis, il faut se le préparer soi-même et ne pas se le faire servir. Car celui qui vous l'apporte y ajoute ses paroles, et le café du matin ne supporte pas le moindre mot. Il est aube vierge et silencieuse. L'aube - mon aube - est étrangère à la moindre parole. L'odeur du café hait le moindre bruit, fût-ce un simple bonjour, et se gâte.
Le café , la première tasse de café , est le miroir de la main , de cette main qui tourne le breuvage . Ce café est déchiffrement du livre ouvert de l'âme , devin des secrets que le jour renferme .
Il nous faut savoir ce que nous désirons, me suis-je dit : notre pays, ou l'image de nous-mêmes loin de notre pays, ou bien encore l'image de notre nostalgie pour notre pays à l'intérieur du pays...

Œuvres de Mahmoud Darwich

Au dernier soir sur cette terre (1999)La terre nous est étroite et autres poèmes (2000)Poèmes palestiniens (1970)Une mémoire pour l'oubli: Le temps, Beyrouth, Le Lieu, Un jour d'août 1982 (1994)