Nelson Mandela a été un symbole très important. Je suis de cette génération qui a grandi sans savoir à quoi il ressemblait. En 1986, j'avais écrit pour Mandela une chanson, « Asimbonanga », qui signifie en zoulou « nous ne l'avons pas vu ». A l'époque, nous savions qu'il était emprisonné sur Robben Island, mais comme nous n'étions pas autorisés à avoir un portrait de lui, c'était pour nous un symbole sans visage, une étoile qui brillait dans notre ciel.
J'ai commencé à chanter quand soudain le public s'est levé comme un seul homme. Je me suis dit, wouah, c'est fou que les Allemands connaissent ma chanson ! J'étais profondément ému. Et puis j'ai aperçu du coin de l'oeil quelqu'un derrière moi qui était en train de monter sur la scène, en dansant, au bras de la chanteuse qui m'accompagnait. C'était Mandela ! C'était lui que le public acclamait ! Ça a été un choc.
Oui, la lutte contre l'apartheid est terminée. Il y a un nouveau combat à mener : il faut transformer l'Afrique du Sud en pays démocratique. C'est un sacré défi pour nous qui avons changé très vite, en quinze ans. Pour cela, nous devons démanteler nos vieilles structures héritées du temps de l'apartheid, lutter contre la corruption qui se développe dans notre pays et, enfin, combattre l'idée que la démocratie est synonyme de consommation.
Voitures, argent, bling-bling, smartphones… c'est ça maintenant la liberté ! Comment se transforme-t-on en démocratie ? Comment explique-t-on que la démocratie ce n'est pas la propriété et la consommation ostentatoire mais la liberté, la liberté d'expression, d'association ?
Les jeunes aujourd'hui, comme en France, veulent du travail, de l'éducation, avoir une voiture, pouvoir payer l'essence… Ils ne semblent plus croire en des combats politiques. Qu'ils chantent, qu'ils écrivent, qu'ils parlent… rien ne change. La politique est devenue une sorte de spectacle de marionnettes.
On me considère comme étant de la génération de la lutte anti-apartheid, et comme regardant toujours le monde depuis cette perspective. Les jeunes sud-africains, noirs et blancs, comprennent que j'ai une place dans l'histoire, que ma musique est un mélange intéressant de différentes cultures, mais ils sont totalement submergés par la pop mondiale, la musique consumériste. Mais j'ai toujours un public parmi eux. Et, dans mes chansons et sur scène, je leur parle de musique, de culture, de la tradition zoulou et de politique !
Ma vie m'a appris l'endurance, les Zoulous ne baissent pas les bras. J'ai expérimenté la patience.
Je dis au revoir à mon public. Je veux me produire tant que c'est encore possible, en France, en Nouvelle-Zélande et en Australie. Pour y donner les plus beaux concerts de ma vie, avant de ne plus pouvoir. Pour l'instant, j'ai encore l'énergie. Mais le cancer m'a déjà freiné dans pas mal de mes projets.
Je suis un Zoulou. Donc, je crois à la philosophie des guerriers : je dois endurer pour survivre. Quand vous vous battez, c'est pour vivre. Vous devez être le premier à tuer. La question n'est pas : “Est-ce que je vais y arriver ?” Mais plutôt : “Est-ce que je peux le faire et le refaire ?” C'est facile de gagner une bataille, bien plus compliqué d'en gagner plusieurs.
On pense souvent que l'on a beaucoup de temps devant soi. Mais c'est faux. J'utilise dans la chanson cette expression zoulou qui a tellement de sens : “Attrape le soleil tant que tu le peux, pour qu'il ne s'enfuie pas.”
Quand je donne des concerts, je suis de nouveau connecté au monde, mais cela n'a plus le même goût qu'avant. Je porte la mort en moi, les gens le savent. Ils viennent me dire au revoir.
Je me rends compte que, même si je suis un personnage public, c'est l'expérience la plus solitaire que j'aurai jamais vécue. Je suis seul face à la mort. C'est finalement une position très zoulou…
Ma vie m'a appris l'endurance, les Zoulous ne baissent pas les bras.
Quand vous vous battez, c'est pour vivre.
C'est facile de gagner une bataille, bien plus compliqué d'en gagner plusieurs.
Le pire a été ma déclaration de 1992 pour condamner le massacre de Krugersdorp perpétré par les Zoulous. On m'a fait comprendre à l'époque que je n'étais plus le bienvenu dans les townships.
J'appartiens à l'Afrique, entièrement.
Je suis pour le maintien d'une culture tribale.
L'Afrique du Sud un très beau pays et habité par des gens merveilleux. Il existe une tension créatrice très positive, qui me manque quand je suis loin. C'est aussi là que j'ai grandi. C'est ma patrie.
La chanson “Asimbonanga" ne dit pas " Libérez Mandela ", mais qu'une génération entière a grandi sans le voir. Je me glisse dans les problèmes politiques par la porte de derrière en posant des questions.
Je ne suis pas un combattant. Seulement un témoin. Mes chansons sont des témoignages du temps. Plus tard, en écoutant mes douze albums, on pourra deviner ce que les gens pensaient à l'époque.
Le vice de l'apartheid, ce n'est pas la violence, mais l'auto-emprisonnement.
La première danse zouloue que j'ai pratiquée, c'était la danse baka. Les employés noirs municipaux qui dégageaient les ordures dans les camions avaient l'habitude de la danser. J'ai appris auprès d'eux.
Dès l'âge de 14 ans, j'étais fasciné par la culture zouloue. J'ai étudié le zoulou en autodidacte. J'avais rencontré un guitariste de rue. Il ne parlait pas l'anglais et je ne connaissais pas un mot de zoulou. J'ai appris avec lui en enregistrant ses chansons sur un magnétophone et en les répétant phonétiquement. Je ne savais pas ce que je chantais ! Mais dès que j'ai commencé à maîtriser la langue, je l'ai aimée.
J'ai fait mon apprentissage d'homme à travers une autre culture, parce que celle qu'on m'offrait dans ma propre société était en pleine banqueroute.
Œuvres de Johnny Clegg
Interview de Johnny Clegg au « Nouvel Observateur », avril 2013.Interview de Johnny Clegg donnée à L'Humanité, 10 août 1994Interview de Johnny Clegg donnée à L'Humanité, 21 juillet 1994Interview de Johnny Clegg donnée à L'Humanité, 9 décembre 2013Interview de Johnny Clegg donnée à Paris Match en 1990Interview de Johnny Clegg, Paris Match, 2019