Auteur

Jean-Jacques Rousseau

Une vive persuasion m'a toujours tenu lieu d'éloquence, et j'ai toujours écrit lâchement et mal quand je n'ai pas été fortement persuadé.
Moins un culte est raisonnable, plus on cherche à l'établir par la force.
C'est le peuple qui compose le genre humain; ce qui n'est pas peuple est si peu de chose que ce n'est pas la peine de le compter. L'homme est le même dans tous les états: si cela est, les états les plus nombreux méritent le plus de respect.
Le peuple se montre tel qu'il est, et n'est pas aimable: mais il faut bien que les gens du monde se déguisent; s'il se montraient tels qu'ils sont, ils feraient horreur.
Les peines du riche ne lui viennent point de son état, mais de lui seul, qui en abuse. Fût-il plus malheureux que le pauvre même, il n'est point à plaindre, parce que ses maux sont tous son ouvrage, et qu'il ne tient qu'à lui d'être heureux.
Respectez donc votre espèce; songez qu'elle est composée essentiellement de la collection des peuples; que, quand tous les rois et tous les philosophes en seraient ôtés, il n'y paraîtrait guère, et que les choses n'en iraient pas plus mal.
Il n'est permis de marchander sur le prix des bienfaits que quand on nous accuse d'ingratitude.
S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes.
On voit, je l'avoue, beaucoup de malhonnêtes gens parmi les roturiers; mais il y a toujours vingt, à parier contre un qu'un gentilhomme descend d'un fripon.
Il faut étudier la société par les hommes, et les hommes par la société: ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n'entendront jamais rien à aucune des deux.
Il n'y a point de folie dont on ne puisse guérir un homme qui n'est pas fou, hors la vanité; pour celle-ci, rien n'en corrige que l'expérience, si toutefois quelque chose en peut corriger; à sa naissance, au moins, on peut l'empêcher de croître.
N'allez donc pas vous perdre en beaux raisonnements, pour prouver à l'adolescent qu'il est homme comme les autres et sujet aux mêmes faiblesses. Faites-le lui sentir, ou jamais il ne le saura.
Le talent d'instruire est de faire que le disciple se plaise à l'instruction.
Il faut toujours se faire entendre; mais il ne faut pas toujours tout dire: celui qui dit tout dit peu de choses, car à la fin on ne l'écoute plus.
L'homme de bien peut être fier de sa vertu, parce qu'elle est à lui; mais de quoi l'homme d'esprit est-il fier? Qu'a fait Racine pour n'être pas Pradon? Qu'a fait Boileau pour n'être pas Cotin?
L'amour-propre est un instrument utile, mais dangereux; souvent il blesse la main qui s'en sert, et fait rarement du bien sans mal.
Je hais les grands, je hais leur état, leur dureté, leurs préjugés, leur petitesse et tous leurs vices; et je les haïrais bien davantage si je les méprisais moins.
La vie active n'a rien qui me tente; je consentirois cent fois plutôt à ne jamais rien faire qu'à faire quelque chose malgré moi.
Quand une fois on fait à quelqu'un qu'on aime un secret de quelque chose, on ne se fait bientôt plus guères de scrupule de lui en faire un sur tout.
C'est surtout dans la solitude qu'on sent l'avantage de vivre avec quelqu'un qui sait penser.
C'est à la campagne qu'on apprend à aimer et servir l'humanité: on n'apprend qu'à la mépriser dans les villes.
Rien ne lie tant les coeurs que la douceur de pleurer ensemble.
Je ne vois pas que celui qui donne beaucoup d'argent donne rien du sien; au lieu que celui qui donne son temps, sa liberté, ses sentiments, ses talents, ses soins, se donne vraiment lui-même.
Enfin c'est toujours un mauvais moyen de lire dans le coeur des autres que d' affecter de cacher le sien.
Si chaque homme pouvait lire dans le coeur de tous les autres, il y aurait plus de gens qui voudraient descendre que de ceux qui voudraient monter.

Œuvres de Jean-Jacques Rousseau

Considérations sur le gouvernement de Pologne (1770-1771)Correspondance, à M Le Prince de Beloselski , Paris, 27 mai 1775.Correspondance, à M. David Hume, 10 juillet 1766Correspondance, à M. MoultonCorrespondance, à M. Moulton (A propos de Voltaire)Correspondance, à M. PictetCorrespondance, à M. de MalesherbesCorrespondance, à M. de Malesherbes, 12 janvier 1762Correspondance, à Mgr l'Archevêque de ParisCorrespondance, à un jeune hommeDernière réponse, à M. Bordes (1752)DialogueDictionnaire de musique (1767)Discours contre les sciencesDiscours sur l'inégalité (1755)Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755)Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755), IIDiscours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755), NotesDiscours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755), Seconde partieDiscours sur l'économie politique (1755)