Auteur

Jean Giono

Mais je ne peux pas lui faire grâce de ce qu'il est moins qu'il paraît, moins que ce qu'il dit, moins que ce qu'on dit, moins que ce je croyais. Presque rien.
La mesure que le paysan ne doit pas dépasser, c'est son nécessaire, le nécessaire de sa famille, le nécessaire de quelques artisans simples, faciles à dénombrer, qui produisent à côté de lui les objets indispensables à son travail et à son aisance.
Pour qui voit non seulement la clarté du jour mais la nuit éternelle qui enferme la clarté du jour, le monde apparaît dans sa terrible vérité.
Il ne suffit pas d'être pacifiste, même si c'est du fond du coeur et dans une farouche sincérité; il faut que ce pacifisme soit la philosophie directrice de tous les actes de votre vie. Toute autre conduite n'est que méprisable lâcheté.
Panturle regarde le bon pain, gros et solide, le pain des champs, le pain de la farine faite au mortier de marbre; le pain, et de sa mie qui est rousse, on tire parfois une longue paille droite et étincelante comme un rayon de soleil.
Tant qu'on est trompé par le mensonge de l'utilité de la guerre il n'y a pas de paix; il n'y a que des intervalles troubles dans la succession des guerres.
La pauvreté, c'est l'état de mesure. Tout est à la portée de vos mains. Vivre est facile. Vous n'avez à en demander la permission à personne.
Connaître, c'est quitter, maintenant tâche d'aimer: aimer, c'est joindre.
Le malheur est-il obligé de passer par les routes? N'y at-il pas assez d'espace au-dessus de la tête des hommes, entre leurs cheveux et les nuages?
La vie, c'est du mouvement, c'est des soupirs.
Je trouve que personne ne respecte plus l'homme. De tous les côtés on ne parle plus que de dicter, d'obliger, de forcer, de faire servir.
Tous les êtres vivants ont un territoire matériel dont ils ne peuvent permettre l'usage à personne d'autre qu'à eux-mêmes sans mourir.
On ne peut pas vivre dans un monde où l'on croit que l'élégance exquise du plumage de la pintade est inutile.
Le vent soulève le ciel comme une mer. Il le fait bouillonner et noircir, il le fait écumer comme les montagnes.
Parfois, elle l'envoyait chez les pêcheurs pour acheter des moules fraîches ou des violets pareils à des tomates pourries, mais qui ont l'odeur de l'amour.
On s'aperçoit qu'en temps ordinaire on a à portée de la main des petits riens qui sont tout. La sécurité ne réjouit pas. Ce qui compte, pour le bonheur, c'est de tout remettre en question.
Etre heureux c'est abattre des atouts, ou les attendre, ou les chercher. Forcer la main est magnifique.
On ne fait pas des enfants rien qu'avec du lait caillé, vieux père. Et on ne les fait pas comme on veut. On les fait comme on est et ce qu'on est on ne le sait pas. On a tant de choses dans son sang.
La poésie est une force de commencement; et une grande force: la dynamite qui soulève et arrache le rocher.
Je n'avais jamais vu l'automne, dit-il. Ce n'est cependant pas le premier. Je n'avais jamais eu le temps.
Quand on ne fait rien pour le lépreux, il devient de plus en plus lépreux.
La jeunesse, dit l'homme, c'est la joie. Et, la jeunesse, ce n'est ni la force, ni la souplesse, ni même la jeunesse comme tu disais: c'est la passion pour l'inutile.
Un de ces proverbes dit que d'une chose mauvaise une belle ne peut pas sortir. Le sifflet était beau comme tout. Il était fait de juste rond. Il allait calme. Il allait juste où il fallait.
Les hommes, au fond, ça n'a pas été fait pour s'engraisser à l'auge, mais ça a été fait pour maigrir dans les chemins, traverser des arbres et des arbres, sans jamais revoir les mêmes; s'en aller dans sa curiosité, connaître.
La vie, c'est de l'eau. Si vous mollissez le creux de la main, vous la gardez. Si vous serrez les poings, vous la perdez.

Œuvres de Jean Giono

Batailles dans la montagne (1937)Coeurs, passions, caractères (1982)Colline (1929)Dans Lui.De Homère à Machiavel (1986)Ecrits pacifistes, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938)Ecrits pacifistes, Lettres aux paysans sur la pauvreté et la paixEcrits pacifistes, Refus d'obéissance (1937)Ennemonde (1968)Ennemonde et Autres Caractères (1968)Jean le BleuJean le Bleu (1932)L'Eau viveL'Eau vive (1943)L'Homme qui plantait des arbres (1953)L'Iris de Suse (1970)La Chasse au Bonheur (1988)La Femme du BoulangerLa Provence gourmande de Jean Giono : le goût du bonheur Sylvie GionoLanceurs de graines