Auteur

Harlan Coben

Pour le rythme, j'ai beaucoup appris en lisant les romans de Mary Higgins Clark, surtout les premiers. Pour l'humour, Woody Allen. Pour le sens cinématographique que doit absolument posséder un bon polar, Alfred Hitchcock.
Quand vous êtes un artiste - ce que je ne suis pas, je ne suis qu'un écrivain -, vous devez commencer par copier ceux que vous admirez. C'est Picasso qui expliquait cela, disant que l'on apprend à peindre dans les musées, non? Ensuite, vous pouvez voler de vos propres ailes.
Je me fiche d'être ou non un artiste, ce qui me préoccupe, c'est d'écrire de bonnes histoires. D'ailleurs, quand je commence à me prendre pour un artiste - ce qui peut m'arriver dans un moment d'égarement -, je me mets à écrire n'importe comment et il faut tout jeter à la poubelle le lendemain. Je suis un artisan, pas un artiste.
Un jour, Edgar Lawrence Doctorow, l'auteur génial de Ragtime, m'a dit ceci, qui m'a considérablement aidé: «Ecrire, c'est comme conduire dans le brouillard en pleine nuit avec les phares grands ouverts: on ne peut voir qu'à quelques mètres devant soi, mais on peut faire tout le trajet comme ça.» J'ajouterai, pour ma part, que je sais exactement où le voyage me conduira.
Les personnages d'un roman sont un peu comme des icebergs: on ne peut en voir que le pic, la face émergée, mais il y a toujours une autre face, cachée sous l'eau, et lorsque l'eau descend il faut se laisser surprendre par ce que l'on va découvrir.
J'ai toujours peur qu'un jour quelqu'un découvre que je ne suis pas si bon que cela, que mes histoires n'ont aucun intérêt ou que l'on a deviné la fin au bout de dix pages. Je me sens en insécurité permanente, mais cette insécurité me donne une force incroyable pour écrire.
Je n'écoute pas la Muse: elle me harcèle et me fait travailler. Je ne crois pas à l'inspiration, ni à la magie, mais au travail
Le plus important, dans un polar, est de s'assurer que l'histoire fonctionne. Est-ce que l'histoire que je raconte aux lecteurs est captivante? Voilà la seule question qu'il faut se poser. A chaque page, à chaque phrase, à chaque mot.
Je ne crois surtout pas que l'écrivain de polars ait à donner sa vision du monde. Du moins, pas prioritairement. Pas au détriment de l'intrigue. L'écrivain qui croit utile de livrer sa merveilleuse et indispensable opinion sur l'état de la société accouche généralement d'un livre raté. Ce sont ces considérations oiseuses qui tuent le polar...
Il y a une phrase que j'adore - et que tout écrivain de polars devrait accrocher au-dessus de son bureau - d'Elmore Leonard: « J'essaie de couper tout ce que vous sauteriez. » Génial, non? Il faut se mettre dans la peau du lecteur et couper avant que lui ne coupe...
Si on se laisse aller à penser: «Maintenant que je suis un artiste, je peux me permettre de ne pas écrire ce matin», alors on est fichu. Il faut s'obliger à écrire, même quand on n'en a pas envie. Si vous n'êtes pas capable de cela, alors vous n'êtes pas un véritable écrivain. Si vous êtes trop fatigué pour écrire, écrivez quand même. Ou faites un autre métier.
Je crois, en effet, que ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort. Cela dit, ne généralisons pas: je joue sur les deux versants de la tragédie et il y a bien des personnages qui sont broyés, définitivement, par les drames qu'ils traversent.
Le vrai mal ne m'intéresse pas du tout. Je ne veux pas écrire sur le bien et le mal, sur le blanc et le noir, mais sur les zones grises. Le mal sur lequel j'écris est semblable à la ligne blanche qui délimite un terrain de football: cette ligne est très étroite et, si vous la piétinez, elle devient si floue qu'il est impossible de savoir avec certitude si vous êtes hors jeu. Cette ligne floue me fascine.
A chaque livre, j'essaie de faire mieux que le précédent. Pas en termes de succès mais en termes de style et d'histoire. Le succès est secondaire.

Œuvres de Harlan Coben

A quelques secondes près (2012)Dans les bois (2007)Disparu à jamais (2003)Du sang sur le green (1997)Faute de preuves (2010)Innocent (2006)Interview Harlan Coben Par François Busnel (Lire), le 01/06/2005Interview dans Lire, juin 2005.Interview dans Métro, 1 mai 2007.Interview dans Métro, 9 avril 2008.Interview à l'hebdomadaire l'Express, 22 avril 2008.Juste un regard (2004)Ne le dis à personne (2001)Ne le dis à personne (2002)Ne t'éloigne pas (2012)Promets-moi (2006)Remède mortel (2011)Rupture de contrat (2003)Sans un mot (2008)Six ans déjà (2013)