Le monde est fait avec des astres et des hommes.
Auteur
Emile Verhaeren
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Je rêve une existence en un cloître de fer, - Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices, - Où l'on abolirait, en de muets supplices, - Par seule ardeur de l'âme, enfin, toute la chair.
Oh! vivre et vivre et vivre et se sentir meilleur - A mesure que bout plus fermement le coeur; - Vivre plus clair, dès qu'on marche en conquète; - Vivre plus haut encor, dès que le sort s'entête - A déssécher la sève et la force des bras.
Vous avez dit, tel soir, des paroles si belles - Que sans doute les fleurs qui se penchaient vers vous, - Soudain nous ont aimés et que l'une d'entre elles, - Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux.
Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie, - Dis, combien l'absence, même d'un jour, - Attriste et attise l'amour - Et le réveille, en ses brûlures endormies?
Le moulin tourne au fond du soir, très lentement, - Sur un ciel de tristesse et de mélancolie; - Il tourne et tourne, et sa voile couleur de lie - Est triste et faible et lourde et lasse, infiniment.
J'ai pour voisin et compagnon - Un vaste et puissant paysage - Qui change et luit comme un visage - Devant le seuil de ma maison.
Le passeur d'eau, les mains aux rames, - A contre flot, depuis longtemps; - Luttait, un roseau vert entre les dents.
Sur la bruyère longue infiniment, - Voici le vent cornant novembre; - Sur la bruyère, infiniment, - Voici le vent - Qui se déchire et se démembre - En souffles lourds battant les bourgs: - Voici le vent, - Le vent sauvage de novembre.
La vie est à monter, et non pas à descendre.
Homme, tout affronter vaut mieux que tout comprendre. - La vie est à monter, et non pas à descendre.
On s'écrase sans plus se voir, en quête - Du plaisir d'or et de phosphore; - Des femmes s'avancent, pâles idoles - Avec, en leurs cheveux, les sexuels symboles.
La débauche et la faim s'accouplent en leur trou - Et le choc noir des détresses charnelles - Danse et bondit à mort dans les ruelles.
Les horloges - Volontaires et vigilantes, - Pareilles aux vieilles servantes - Boitant de leurs sabots ou glissant sur leur bas. - Les horloges que j'interroge - Serrent ma peur en leur compas.
O ce travail farouche, âpre, tenace, austère, - Sur les plaines, parmi les mers, au coeur des monts, - Serrant des noeuds partout et rivant ses chaînons - De l'un à l'autre bout de la terre!
Du fond des brumes - Là-bas avec tous ses étages - Et ses grands escaliers, et leurs voyages - Jusques au ciel, vers de plus hauts étages - Comme d'un rêve, elle s'exhume. - ... - La ville au loin s'étale et domine la plaine - Comme un nocturne et colossal espoir.
La mer pesante, ardente et libre - Qui tient la terre en équilibre.
Les croix du cimetière étroit, - Les bras des morts que sont ces croix, - Tombent, comme un grand vol - Qui se rabat contre le sol.
Les gens des champs, les gens d'ici - Ont du malheur à l'infini.
Les minuits lourds sonnent là-bas, - Abattants lents, comme des glas; - De tour en tour, les minuits sonnent, - Les minuits lourds des nuits d'automne, - Les minuits las.
Je ne puis voir la mer sans rêver de voyages. - Le soir se fait, un soir ami du paysage, - Où les bateaux, sur le sable du port, - En attendant le flux prochain, dorment encor.
Je vous invoque ici, Moines apostoliques, - Chandeliers d'or, flambeaux de foi, porteurs de feu, - Astres versant le jour aux siècles catholiques, - Constructeurs éblouis de la maison de Dieu.
Solitaires assis sur les montagnes blanches, - Marbres de volonté, de force et de courroux, - Prêcheurs tenant levés vos bras à longues manches - Sur les remords ployés des peuples à genoux.
Toute science enferme au fond d'elle le doute, - Comme une mère enceinte étreint un enfant mort.
Héros, savant, artiste, apôtre, aventurier, - Chacun troue à son tour le mur noir des mystères, - Et grâce à ces labeurs groupés ou solitaires, - L'être nouveau se sent l'univers tout entier.
Œuvres de Emile Verhaeren
Heures d'après-midiLa Multiple Splendeur (1906)La Multiple Splendeur (1906), Les RêvesLes Bords de la route (1891), Les paroles mornes, SilencieusementLes Campagnes HallucinéesLes Campagnes Hallucinées (1893), Le départLes Débâcles, Vers le CloîtreLes Flammes hautesLes Forces tumultueuses (1902)Les Forces tumultueuses (1902), Les CultesLes Heures d'après-midi (1905)Les Heures, Les heures clairesLes Moines (1886)Les Soirs, Le MoulinLes Villages illusoires (1895), Le ventLes Villages illusoires (1895), Les pêcheursLes Villages illusoires, Le Passeur d'eauLes Villages illusoires, Le VentLes Villes tentaculaires (1895), Vers le futurLes Villes tentaculaires (1920), La Bourse