Auteur

Christian Bobin

Un grand musicien est quelqu'un qui donne après plusieurs années de travail ce que donne le rossignol au premier jet de son chant. Il y aura toujours une pluie pour jouer du clavecin ou un merle pour composer une fugue.
Les livres sont des huttes pour les âmes, des mangeoires pour les oiseaux de l'éternel, des points de résistance. Je tends une main de papier à des êtres invisibles.
Le bonheur va avec le malheur, la joie va avec la peine. Ce qui vous arrive ne va avec rien, ou bien avec tout.
Le bonheur, ce n'est pas une note séparée, c'est la joie que deux notes ont à rebondir l'une contre l'autre.
Certains gestes ordinaires de la vie ordinaires font ainsi parfois plus que leur travail, dépassent l'utilitaire et réveillent une fée.
Finalement je n'aime pas la sagesse. Elle imite trop la mort. Je préfère la folie - pas celle que l'on subit, mais celle avec laquelle on danse.
Peut-être le meilleur de nous-mêmes ne nous appartient-il pas, peut-être ne sommes-nous que les gardiens d'une chose qui, lorsque nous disparaissons, demeure.
Le coeur, c'est une intelligence qui peut venir même aux imbéciles. L'amour, c'est quand toute la limaille de notre pensée est précipitée vers le coeur de l'autre comme vers un aimant.
Une vie sans éclat et attentive au simple est semblable à ces coings à la peau duvetée et à l'apparence rugueuse qui, mûrissant dans l'ombre, embaument l'air du cellier - comme fait le corps d'un saint après sa mort.
Mes maîtres à l'école m'ont pendant des années parlé en vain: je n'ai rien retenu de ce qu'ils m'enseignaient, peut-être parce qu'ils le tiraient de leur certitude et non de l'ignorance printanière de leurs âme.
C'est toujours l'amour en nous qui est blessé, c'est toujours de l'amour que nous souffrons même quand nous croyons ne souffrir de rien.
Ce qu'on gagne dans le monde, on le perd dans sa vie.
Par les livres on apprend l'éternel, l'immuable.
La poésie, en ce sens, c'est la communication absolue d'une personne à une autre: un partage sans reste, un échange sans perte. On ne peut mentir en poésie.
Ecrire est une façon de répondre à la vie. On a toujours besoin de répondre à un don par un autre don, non pas pour être quitte, mais pour continuer à donner et recevoir, sans fin.
J'ai toujours dû la vie à ce que je voyais de pur.
Ma façon d'aimer, est une façon de laisser aller, laisser être.
L'âme métallique du Creusot déchire tous les beaux habits qu'on veut lui faire porter. Plongé dans l'atmosphère de cette ville, le cristal devient aussi pesant que l'acier.
Dans les années soixante, l'usine à midi et à six heures, toutes sirènes hurlantes, relâchait ses esclaves.
Je continuerai à bénir cette vie où tu n'es plus, je continuerai à l'aimer, c'est en tournant le dos à ta tombe que je te vois.
L'esprit d'enfance est insupportable au monde. L'enfance est ce que le monde abandonne pour continuer à être monde.
Aucun homme ne s'aventure dans ces terres désolées de l'amour. Aucun homme ne sait répondre à la parole silencieuse.
J'ai dans la poche un exemplaire des Pensées de Pascal. J'emporte parfois ce livre en cas d'attente, de famine ou de guerre trop longue quelque part.
Dans la vie on se nourrit les uns les autres et ensuite on se quitte.
Dans les histoires d'amour il n'y a que des histoires, jamais d'amour. Si je regarde autour de moi, qu'est-ce que je vois: des morts ou des blessés. Des couples qui prennent leur retraite à trente ans ou des couples qui font carrière.

Œuvres de Christian Bobin

Autoportait au radiateurAutoportrait au radiateurAutoportrait au radiateur (2000)Carnet du soleil (2011)Eclat du Solitaire (2011)Eloge du rien (1990)GeaiGeai (1998)Isabelle BrugesIsabelle Bruges (1992)L' homme-joie (2012)L'Equilibriste (1998)L'Homme du désastre (1986)L'Homme qui marche (1995)L'autre visageL'enchantement simpleL'enchantement simple (1989)L'homme-joie (2012)L'inespéréeL'inespérée (1994)