Œuvre

La merveille et l'obscur (1991)

La poésie, en ce sens, c'est la communication absolue d'une personne à une autre: un partage sans reste, un échange sans perte. On ne peut mentir en poésie.
Qu'est-ce que c'est, aimer. Ce n'est pas s'enfermer dans la même maison, s'étouffer dans la même parole, s'assombrir dans la même histoire. Ce n'est pas remplir un vide, effacer une distance.
Aimer c'est prendre soin de la solitude de l'autre - sans jamais prétendre la combler ni même la connaître.
Les enfants ont un privilège: on ne leur demande pas de justifier leur existence. On ne demande pas à un enfant ce qu'il fait dans la vie. On le sait bien: il joue, il pleure, il rit. Il vit - et ça suffit pour vivre.
L' amour ce n'est pas le sacrifice, c'est le don. Et qu'aurez-vous à donner si vous n'avez aucune joie de vivre ?
On presse de plus en plus les enfants de vieillir et les vieillards de rajeunir. On leur propose de rejoindre cette classe pour laquelle seule tout est fait, la classe des jeunes adultes consommateurs.
On lit avec les mains autant qu'avec les yeux. Le toucher d'une main calme sur la page d'un livre, c'est la plus belle image que je connaisse, l'image la plus apaisante qui soit : une main tendre sur une épaule d'encre.
Si nous privilégions notre propre apparence, si nous nous prenons nous-même comme objet de contemplation ou de souci, nous nous condamnons à ne presque rien voir du monde et à en aimer très peu.