En même temps, je me demande, et je commençais déjà à me demander à l'époque ce que devait, ce que doit faire en vérité ma génération, celle de gens vivant à une époque ultérieure, des informations sur les atrocités de l'extermination des juifs. Nous ne devons pas nous imaginer comprendre ce qui est inconcevable ; nous n'avons pas le droit de comparer ce qui échappe à toute comparaison ; nous n'avons pas le droit de questionner, car celui qui le fait, même s'il ne met pas les atrocités en doute, en fait néanmoins un objet de communication, au lieu de les prendre comme une chose devant laquelle on ne peut qu'imposer le silence de l'horreur, de la honte et de la culpabilité.
Auteur
Bernhard Schlink
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A quel moment est-on obligé de s'avouer qu'une dispute n'est pas une simple dispute ? Qu'elle n'est pas un orage après lequel le soleil brille à nouveau, ni une saison pluvieuse à laquelle succédera le beau temps, mais le mauvais temps normal ? Que se réconcilier ne résout rien, ne règle rien et ne fait que traduire l'épuisement et instaurer un répit plus ou moins long, au terme duquel la dispute reprendra ?
Il faut être heureux pour pouvoir rendre heureux. Il faut se faire plaisir pour pouvoir contribuer au mieux-être des autres. Et, même si l'on ne rend heureux que soi-même, chaque miette de bonheur qui advient fait du monde un lieu plus heureux, que cette miette soit à vous ou à autrui.
Tant que l'alcoolique n'a pas touché le fond, tant qu'il peut encore tomber plus bas, il n'arrêtera pas de boire.
Il n'enjolivait pas les choses, il les trouvait belles, il trouvait la beauté là où les autres la déformaient ou la méconnaissaient, et prenait les attributs que les autres employaient pour exprimer leur admiration afin d'exprimer la sienne.
Toutes les histoires entre l'Est et l'Ouest ont été des histoires d'amour, avec les espoirs et les déceptions qu'elles entraînent.
A ses collaborateurs, il avait enseigné que la réflexion et la décision sont deux choses, que la réflexion ne provoque pas forcément la bonne décision ni aucune décision, qu'au contraire elle peut rendre la décision si compliquée et difficile que cela paralyse. La réflexion demande du temps, la décision exige du courage, et il savait maintenant que ce qui lui manquait, ce n'était pas le temps de la réflexion, mais le courage de se décider. Il savait aussi que la vie porte à votre compte aussi bien les décisions qu'on ne prend pas que celles qu'on prend.
Avec le premier ami qu'on se fait, une ville commence à devenir notre ville.
Tu sais, vous autres enfants n'êtes pas moins cruels que nous autres parents ne l'avons été. Vous êtes plus à cheval sur vos droits, c'est tout.
Peut-on tomber amoureux de l'autre une seconde fois ? Est-ce qu'on ne le connait pas beaucoup trop bien ? Tomber amoureux ne suppose-t-il pas qu'on ne connaisse pas l'autre, qu'il ait encore des plages blanches sur lesquelles on puisse projeter ses propres désirs ?
Le secret de la paix, c'est l'épuisement.
Le sentiment du temps qui passe est-il inversement proportionnel au temps qui nous reste ? Le temps s'écoule-t-il plus vite lorsqu'on vieillit parce que le temps qui reste à vivre se réduit, de même que les vacances passent plus vite quand elles tirent à leur fin ? Ou bien cela tient-il aux buts qu'on poursuit ? Est-ce que le temps nous dure lorsqu'on est jeune, parce qu'on attend impatiemment le succès, la considération, la richesse, et file-t-il plus tard à toute allure parce qu'il n'y a plus rien à attendre ? Ou bien les journées passent-elles plus vite parce qu'on en connaît par coeur le déroulement, de la même façon qu'un trajet paraît d'autant plus court qu'on l'emprunte souvent ?
Dans un service de soins intensifs, les malades sont tous sur un pied d'égalité.
C'est une erreur de croire que les gens ne prennent des décisions qui engagent leur vie que quand ils deviennent ou sont adultes. Les enfants se jettent avec la même détermination que les adultes dans des entreprises ou des manières de vivre. Ils ne se tiennent pas pour toujours à leurs décisions, mais les adultes aussi jettent parfois aux oubliettes les décisions qu'ils avaient prisés pour la vie.
Il n'y a guère de bonheur sans une goutte d'amertume.
Elle aimait les cimetières parce que là ils étaient tous égaux, les puissants et les faibles, les pauvres et les riches, les gens qui avaient été aimés et ceux dont personne ne s'était soucié, ceux qui avaient connu le succès et ceux qui avaient échoué. À cela le mausolée ou la statue d'ange ou l'imposant tombeau ne changeaient rien. Ils étaient tous également morts, nul ne pouvait ni ne voulait plus être grand, et trop grand ne voulait plus rien dire.
Les gens sociables vivent dans le présent, les solitaires dans le passé.
Apprendre, c'était un privilège. Ne pas apprendre quand on en avait la possibilité, c'était se montrer bête, enfant gâté, prétentieux. Non, ces mauvaises notes au lycée, ça n'allait pas, mais alors pas du tout.
Quels lâches vous êtes, vous les hommes ! Tu n'avais pas eu le courage de m'annoncer la bêtise que tu allais faire en partant pour l'hiver, lui n'a pas eu le courage de parler avec moi de son choix politique démentiel. ... Face à la neige et à la glace, aux armes et à la guerre, là vous vous sentez à la hauteur, vous les hommes, mais pas face aux questions d'une femme.
L'histoire n'est pas le passé tel qu'il fut réellement. C'est la forme que nous lui donnons.
Elle se disait qu'en amour on n'est pas à la disposition l'un de l'autre, mais qu'on est un cadeau, et qu'on pouvait être un cadeau l'un pour l'autre aussi par lettres.
La voisine trouvait que la petite aurait dû jouer davantage avec d'autres enfants. Mais dans la pénombre des cours et des entrées d'immeuble, la brutalité régnait, pour s'affirmer il fallait se battre, et qui ne se battait pas se faisait brimer. Les jeux des enfants étaient moins un plaisir qu'une préparation à la lutte pour la vie.
Je connaissais le sentiment qu'il n'y a rien à quoi aspirer qui soit vraiment satisfaisant, rien pour quoi travailler, rien à quoi croire, rien qu'il soit vraiment satisfaisant d'aimer. Ce sentiment transformé en philosophie : c'est ainsi que je me représentais le nihilisme.
Les Français, les Anglais et les Russes ont eu leurs patries de bonne heure, les Allemands ont longtemps eu la leur uniquement dans leur imaginaire, pas sur terre mais dans le ciel – Heine a écrit là-dessus. Sur terre ils étaient morcelés et déchirés. Lorsque Bismarck leur a finalement créé leur patrie, ils s'étaient habitués à imaginer.
Je n'ai rien contre les humains. Mais ils ne sont pas obligés d'être partout.