Mais enfin l'on condamnait et châtiait quelques rares individus, tandis que nous, la génération suivante, nous nous renfermions dans le silence et l'horreur, de la honte et de la culpabilité : et voilà, c'était tout ?
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Le sentiment du temps qui passe est-il inversement proportionnel au temps qui nous reste ? Le temps s'écoule-t-il plus vite lorsqu'on vieillit parce que le temps qui reste à vivre se réduit, de même que les vacances passent plus vite quand elles tirent à leur fin ? Ou bien cela tient-il aux buts qu'on poursuit ? Est-ce que le temps nous dure lorsqu'on est jeune, parce qu'on attend impatiemment le succès, la considération, la richesse, et file-t-il plus tard à toute allure parce qu'il n'y a plus rien à attendre ? Ou bien les journées passent-elles plus vite parce qu'on en connaît par coeur le déroulement, de la même façon qu'un trajet paraît d'autant plus court qu'on l'emprunte souvent ?
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À lire aussi de Bernhard Schlink
Les Français, les Anglais et les Russes ont eu leurs patries de bonne heure, les Allemands ont longtemps eu la leur uniquement dans leur imaginaire, pas sur terre mais dans le ciel – Heine a écrit là-dessus. Sur terre ils étaient morcelés et déchirés. Lorsque Bismarck leur a finalement créé leur patrie, ils s'étaient habitués à imaginer.
Le lendemain de notre conversation, Hannah avait voulu savoir ce que j'apprenais au lycée. Je lui parlai des poèmes homériques, des discours de Cicéron, et de l'histoire d'Hemingway sur le vieil homme et son combat avec le poisson et avec la mer. Elle voulut entendre à quoi ressemblaient le grec et le latin, et je lus à haute voix des passages de l'Odyssée et des Catilinaires.
Lecture, douche, faire l'amour et rester encore un moment étendus ensemble, tel était le rituel de nos rendez-vous. C'était une auditrice attentive.
Il n'y a guère de bonheur sans une goutte d'amertume.
Dans la même œuvre
Comment veux-tu que mon fils soit heureux s'il n'est plus juif ?
A quel moment est-on obligé de s'avouer qu'une dispute n'est pas une simple dispute ? Qu'elle n'est pas un orage après lequel le soleil brille à nouveau, ni une saison pluvieuse à laquelle succédera le beau temps, mais le mauvais temps normal ? Que se réconcilier ne résout rien, ne règle rien et ne fait que traduire l'épuisement et instaurer un répit plus ou moins long, au terme duquel la dispute reprendra ?
Il faut être heureux pour pouvoir rendre heureux. Il faut se faire plaisir pour pouvoir contribuer au mieux-être des autres. Et, même si l'on ne rend heureux que soi-même, chaque miette de bonheur qui advient fait du monde un lieu plus heureux, que cette miette soit à vous ou à autrui.
Tant que l'alcoolique n'a pas touché le fond, tant qu'il peut encore tomber plus bas, il n'arrêtera pas de boire.
Il n'enjolivait pas les choses, il les trouvait belles, il trouvait la beauté là où les autres la déformaient ou la méconnaissaient, et prenait les attributs que les autres employaient pour exprimer leur admiration afin d'exprimer la sienne.