Auteur

André Gide

J'en tiens pour le paradoxe de Wilde en art: la nature imite l'art; et la règle de l'artiste doit être, non pas de s'en tenir aux propositions de la nature, mais de ne lui proposer rien qu'elle ne puisse, qu'elle ne doive imiter.
C'est dans l'abnégation que chaque affirmative s'achève. Tout ce que tu résignes en toi prendra vie. Tout ce qui cherche à s'affirmer se nie; tout ce qui se renonce s'affirme.
Ce qui m'intéresse et m'importe, c'est un art qui permette, non d'éclairer dans l'infini détail les ressorts de la conduite des hommes, mais bien de brasser profondément celle-ci.
L'ivresse n'est jamais qu'une substitution du bonheur. C'est l'acquisition du rêve d'une chose quand on n'a pas l'argent que réclame l'acquisition matérielle de la chose rêvée.
Que la vie de «l'âme» se prolonge par delà la dissociation de la chair, il y a là, pour moi de l'inadmissible, de l'impensable, et contre quoi proteste ma raison; aussi bien que contre le foisonnement incessant des âmes.
Je ne crois pas à l'âme séparée du corps. Je crois que, corps et âme, c'est même chose, et que lorsque la vie du corps n'est plus là, c'en est fait des deux à la fois.
Je crois au monde spirituel, et tout le reste ne m'est de rien. Mais ce monde spirituel, je crois qu'il n'a d'existence que par nous, qu'en nous, qu'il dépend de nous, de ce support que lui procure notre corps.
La liberté, c'est un état, l'état de l'homme en pleine maîtrise de lui-même. L'homme n'est pas responsable lorsqu'il est en état de démence; il lui manque alors et l'intelligence et la liberté.
Dans la vie rien ne se résoud tout continue.
Les préjugés sont les pilotis de la civilisation.
Que sert d'interdire ce que l'on ne peut pas empêcher?
L'important n'est pas tant d'être franc que de permettre à l'autre de l'être.
Les passions mènent l'homme, non les idées.
On veut donner le change, et l'on s'occupe tant de paraître, qu'on finit par ne plus savoir qui l'on est...
Je crois que c'est le propre de l'amour, de ne pouvoir demeurer le même; d'être forcé de croître, sous peine de diminuer; et que c'est là ce qui le distingue de l'amitié.
Dans la vie, rien ne se résout; tout continue. On demeure dans l'incertitude; et on restera jusqu'à la fin sans savoir à quoi s'en tenir; en attendant, la vie continue, tout comme si de rien n'était.
C'est l'amélioration de la race, à laquelle il faut travailler. Mais toute sélection implique la suppression des malvenus, et c'est ce à quoi notre chrétienne de société ne saurait se résoudre.
L'expérience instruit plus que le conseil.
Pour bien juger, il faut s'éloigner un peu de ce que l'on juge, après l'avoir aimé. Cela est vrai des pays, des êtres et de soi-même.
A quoi reconnais-tu que le fruit est mûr ? - A ceci, qu'il quitte la branche. Tout mûrit pour le don et se parachève en offrande.
Chaque animal n'est qu'un paquet de joie.
Tout aime d'être et tout être se réjouit. C'est de la joie que tu appelles fruit quand elle se fait succulence ; et, quand elle se fait chant, oiseau.
Que l'homme est né pour le bonheur, certes toute la nature l'enseigne. C'est l'effort vers la volupté qui fait germer la plante, emplit de miel la ruche, et le coeur humain de bonté.
O toi que j'aime, enfant ! je te veux entraîner dans ma fuite. D'une main prompte saisis le rayon ; voici l'astre ! Déleste-toi. Ne laisse plus le poids du plus léger passé t'asservir.
C'est en se renonçant que toute vertu se parachève. C'est à la germination que prétend l'extrême succulence du fruit.

Œuvres de André Gide

Ainsi soit-ilAinsi soit-il (1952)Ainsi soit-il (Dernières lignes écrites par Gide)Ainsi soit-il ou Les Jeux sont faits (1952)AjaxAttendu que...Caractères (1925)Carnets d'EgypteConférence prononcée à Beyrouth en 1946Correspondance avec Francis JammesCorrespondance, Gide - Martin du GardCorrespondance, à André Rouveyre, 31 octobre 1924Correspondance, à François Mauriac.CorydonCorydon (1920)Corydon (1920), PréfaceDe l'influence en littérature (1900)DiversDivers (1931), CaractèresDivers (1931), Un esprit non prévenu