Le grand plaisir du débauché, c'est d'entraîner à la débauche.
Un morne engourdissement de l'esprit me fait végéter depuis trois ans. Peut-être, m'occupant trop de mon jardin, au contact des plantes ai-je pu prendre leurs habitudes.
Ce que l'on découvre ou redécouvre soi-même ce sont des vérités vivantes; la tradition nous invite à n'accepter que des cadavres de vérités.
Je consens qu'il soit bon parfois que l'art se remette au vert, et s'il pâlit d'épuisement, qu'il quête dans les champs, dans la vie, quelque regain de vigueur.
Provisoirement je penserai que la vertu, c'est ce que l'individu peut obtenir de soi de meilleur.
Je commence à entrevoir ce que j'appelle le sujet profond de mon livre. C'est, ce sera sans doute, la rivalité du monde réel et de la représentation que nous nous en faisons.
L'art naît de contraintes, vit de lutte et meurt de liberté.
Quand on commence à discuter avec une femme, on est perdu...
J'ai cherché, j'ai trouvé ce qui fait ma valeur: une espèce d'entêtement dans le pire.
Malheur à l'homme qui met sa confiance en l'homme.
Le libre esprit a cette supériorité de ne souhaiter point garder seul la parole.
La possession parfaite ne se prouve que par le don. Tout ce que tu ne sais pas donner te possède. Rien ne s'épanouit que par offrande. Ce que tu prétends protéger en toi s'atrophie.
Tout ce qui cherche à s'affirmer se nie; tout ce qui se renonce s'affirme.
Il me semblait alors que j'étais né pour une sorte inconnue de trouvailles; et je me passionnais étrangement dans ma recherche ténébreuse, pour laquelle je sais que le chercheur devait abjurer et repousser de lui culture, décence et morale.
Le péché, c'est ce qui obscurcit l'âme, c'est ce qui s'oppose à sa joie.
S'emparer de ce qui ne peut se défendre, c'est une lâcheté.
Il se dit que les romanciers, par la description trop exacte de leurs personnages, gênent plutôt l'imagination qu'ils ne la servent et qu'ils devraient laisser chaque lecteur se représenter chacun de ceux-ci comme il lui plaît.
Regarde le soir comme si le jour y devait mourir; - Et le matin comme si toute chose y naissait. - Que ta vision soit à chaque instant nouvelle. - Le sage est celui qui s'étonne de tout.
A chaque auberge me saluait une faim, devant chaque source m'attendait une soif - une soif devant chacune, particulière.
«Don du poète, «m'écriais-je», tu es le don de perpétuelle rencontre» et j'accueillais de toutes parts.
Mon âme était l'auberge ouverte au carrefour; ce qui voulait entrer entrait.
Commandements de Dieu vous aurez rendu malade mon âme, vous aurez entouré de murs les seules eaux pour me désaltérer.
Natnanaël, jette mon livre, ne t'y satisfais point. Ne crois pas que ta vérité puisse être trouvée par quelque autre, plus que de tout aie honte de cela.
Ne t'attache en toi qu'à ce que tu sens, qui n'est nulle part ailleurs qu'en toi-même, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah! le plus irremplaçable des êtres.
«L'imagination imite, l'esprit critique crée.» Cet aphorisme d'Oscar Wilde, où certains esprits, superficiels ou prévenus, ne consentiront à voir qu'un paradoxe, éclaire une vérité profonde.
Œuvres de André Gide
Ainsi soit-ilAinsi soit-il (1952)Ainsi soit-il (Dernières lignes écrites par Gide)Ainsi soit-il ou Les Jeux sont faits (1952)AjaxAttendu que...Caractères (1925)Carnets d'EgypteConférence prononcée à Beyrouth en 1946Correspondance avec Francis JammesCorrespondance, Gide - Martin du GardCorrespondance, à André Rouveyre, 31 octobre 1924Correspondance, à François Mauriac.CorydonCorydon (1920)Corydon (1920), PréfaceDe l'influence en littérature (1900)DiversDivers (1931), CaractèresDivers (1931), Un esprit non prévenu