Œuvre
Les Nourritures terrestres (1897)
Le plus petit instant de la vie est plus fort que la mort, et la nie.
Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passé n'y projetait déjà une histoire.
Nathanaël, je t'enseignerai la ferveur.
Nathanaël, jette mon livre.
Ne crois pas que ta vérité puisse être trouvée par quelque autre.
Ne distingue pas Dieu du bonheur et place tout ton bonheur dans l'instant.
Ne peut rien pour le bonheur d'autrui celui qui ne sait être heureux lui-même.
Où tu ne peux pas dire tant mieux, dis: tant pis, Nathanaël. Il y a là de grandes promesses de bonheur.
Que l'importance soit dans ton regard, non dans la chose regardée.
Si ce que tu manges ne te grise pas, c'est que tu n'avais pas assez faim.
Toute connaissance que n'a pas précédé une sensation m'est inutile.
Ah! jeunesse - l'homme ne la possède qu'un temps et le reste du temps la rappelle.
Familles ! je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur.
La mélancolie n'est que de la ferveur retombée.
On n'est sûr de ne jamais faire que ce que l'on est incapable de comprendre. Comprendre, c'est se sentir capable de faire.
Posséder Dieu, c'est le voir; mais on ne le regarde pas.
Attendre Dieu, c'est ne comprendre pas que tu le possèdes déjà. Ne distingue pas Dieu du bonheur et place tout ton bonheur dans l'instant.
Chaque action parfaite s'accompagne de volupté.
Il y a des maladies extravagantes - qui consistent à vouloir ce que l'on a pas.
... ne cherche pas, dans l'avenir, à retrouver jamais le passé.
Je veux bien que, l'existence une fois admise, celle de la terre et de l'homme et de moi paraisse naturelle, mais ce qui confond mon intelligence, c'est la stupeur de m'en apercevoir.
J'avais besoin d'un poumon, m'a dit l'arbre: alors ma sève est devenue feuille, afin d'y pouvoir respirer. Puis quand j'eus respiré, ma feuille est tombée, et je n'en suis pas mort. Mon fruit contient toute ma pensée sur la vie.
C'est un grand souci que de penser.
Rien n'est plus dangereux pour toi que ta famille, que ta chambre, que ton passé.
... choisir, c'était renoncer pour toujours, pour jamais, à tout le reste et la quantité nombreuse de ce reste demeurait préférable à n'importe quelle unité.