Auteur

Alice Zeniter

C'est dehors qu'un homme est un homme, à la maison il est donné à tout homme d'être un homme.
Elle se laisse couvrir de bijoux qu'elle ne connait pas : khalkhal, tabzimt. Elle répète les noms comme des formules magiques. Alourdie par l'argent vieux de plus d'un siècle, elle cherche à voir si les parures la transforment en princesse berbère mais ce n'est que son visage habituel qu'elle trouve dans la glace, celui d'une Parisienne de trente ans, ridiculement déguisée.
Ce qu'on ne transmet pas, ça se perd, c'est tout.
La France se coud la bouche en entourant de barbelés les camps d'accueil.
Mais on n’ôtera pas de l’esprit de Naïma que la vraie raison d’être des séries télé, ce sont les dimanches de gueule de bois qu’il faut parvenir à remplir sans sortir de chez soi.
Dans le silence, tout se dérègle. Le temps ne finit plus jamais.
J'ai l'impression que je pourrais pleurer toujours. Quand j'essaie de repenser à ma vie, je suis incapable de déterminer si j'étais heureux ou malheureux. Tout ce que je vois c'est que les années ont passé et que les années passées sont des années mortes. Ça me donne envie de pleurer, cette mort partout dès que je veux me souvenir de quelque chose.
Est-ce que la vie pouvait n'être que ça ? Cette succession d'espoirs et de dépressions, l'un faisant toujours oublier l'autre, malgré les années et le peu de sagesse qu'on pouvait en tirer ? Est-ce que c'était possible qu'il n'y ait pas plus ? Il aurait voulu savoir si elle se posait les mêmes questions que lui. Est-ce qu'elle se rendait compte que la vie était bien plus vide qu'elle n'aurait dû l'être ?
Il pensa avec surprise que la nudité était toujours belle peut-être. C'était comme si les corps retrouvaient leur sens plein, débarrassés des obligations sociales des vêtements.
À seize ans, chaque signe de vieillesse sur les autres est un pas vers la disparition.
Je croyais quand j'étais plus jeune qu'en vieillissant on arrivait à la sagesse mais c'est des conneries. On arrive rien qu'à vieillir. On devient un animal qui pleure.
Est ce que la vie pouvait n'être que ça ? cette succession d'espoirs et de dépressions, l'un faisant toujours oublier l'autre, malgré les années et le peu de sagesse qu'on pouvait en tirer ? Est-ce que c'était possible qu'il n'y ait pas plus ?
La perte de la personne qui lui avait donné la vie avait englouti un peu de son existence à lui aussi, il se sentait incomplet, comme si l'enveloppe de son corps dissimulait des creux, des organes manquants.
Il y a des vies minuscules mais d'autres sont immenses, elles ont embrassé toutes les dimensions du monde.
Sous trop de porches, des gens attendent , sûrs que la vie leur doit quelque chose, quelqu'un, et jamais ça n'arrive.
Ils se mouvaient sur la piste avec toute la gêne de ceux qui n'habitent pas leur corps.
La littérature est une forme de plaisir poussée à son raffinement le plus extrême par des écrivains que le rapport habituel au langage ne satisfait plus.
Ce qui fait tenir une maison, ce ne sont pas les pierres, la maçonnerie. C'est la présence humaine à l'intérieur.
Ils avaient réalisé que leur voyage n'avait pas de destination : ils étaient leur propre destination.
L'amour, ce n'est pas la fusion, la dissolution d'une âme dans une autre ou je ne sais quoi. C'est simplement un moyen de tromper nos solitudes. On demande à quelqu'un d'être le témoin de notre vie et on accepte en échange d'être témoin de la sienne. C'est comme les enfants qui font de la balançoire... La balançoire, c'est toujours plus drôle quand quelqu'un voit à quel point on monte haut. Peut-être même que ce n'est drôle que si quelqu'un nous regarde nous amuser. La vie, c'est pareil.
L'amour, ce n'est pas la fusion, la dissolution d'une âme dans une autre ou je ne sais quoi. C'est simplement un moyen de tromper nos solitudes.
C'est peut-être mieux, commenta Jock après un temps, de mourir avant les déceptions. Ce n'est pas comme si la vie tenait ses promesses.
On ne peut pas exister dans ses propres yeux. On ne peut pas arriver seul à la fin d'une vie et se dire à soi-même: oui, tu l'as vécue. Il faut d'autres yeux pour ça.
Il voulait que l'amour le fasse sortir de lui-même, qu'il soit une sorte d'épiphanie perpétuée, un arrachement, une mue.
Je veux dire que le monde entier est moins intéressant qu'avant. Il y a de plus en plus de gens à avoir suffisamment d'études ou de culture pour qu'on puisse s'étonner qu'ils soient si cons.

Œuvres de Alice Zeniter

Jusque dans nos bras (2010)Juste avant l'oubli (2015)L'Art de perdre (2017)Sombre Dimanche (2013)