Elle se laisse couvrir de bijoux qu'elle ne connait pas : khalkhal, tabzimt. Elle répète les noms comme des formules magiques. Alourdie par l'argent vieux de plus d'un siècle, elle cherche à voir si les parures la transforment en princesse berbère mais ce n'est que son visage habituel qu'elle trouve dans la glace, celui d'une Parisienne de trente ans, ridiculement déguisée.

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Il déroule le mektoub dans le sens inverse à celui que lui prêtait son père : il ne s'agit plus de déchiffrer pas à pas un destin déjà écrit au ciel mais d'écrire le présent comme une histoire que les siècles futurs sauront lire.
Ils se mouvaient sur la piste avec toute la gêne de ceux qui n'habitent pas leur corps.
Dans le silence, tout se dérègle. Le temps ne finit plus jamais.
De l'enfant, on tolère qu'il ne fasse rien, qu'il joue. De l'homme adulte, en revanche, on méprise l'inoccupation. Celui qui ne fait rien, dit-on au village, qu'il taille au moins sa canne.
Et Pal comprit que si l'année 1856 avait été si longue et si terrible, c'était parce qu'elle avait duré jusqu'en 1961.
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L'amour, c'est bien, oui, dit Ali à son fils, c'est bon pour le cœur, ça fait vérifier qu'il est là. Mais comme la saison d'été, ça passe. Et après il fait froid.
Pendant les journées de gueule de bois, elle touche du doigt l'extrême difficulté que représente être vivant et que la volonté réussit d'ordinaire à masquer.
En montrant qu'on est riche, on le devient moins. Ni Ali ni ses frères ne penseraient à mettre de l'argent de côté pour le faire "fructifier" ou pour les générations à venir, pas même pour les coups durs. L'argent se dépense dès qu'on l'a.
L'affection du commerçant pour Hamid ne parvient pas à briser l'un des interdits tacites de la société coloniale : la séparation du domaine public et du domaine privé. C'est toujours dans l'épicerie que l'on accueille le petit garçon et son père, jamais dans l'appartement au-dessus.
Il lui paraît également évident que Hamid n'aura de choix dans la vie que s'il a reçu une éducation. C'est pour lui la seule arme dont dispose un fils de paysan.