Œuvre
Sombre Dimanche (2013)
Elle pensait que chaque être et chaque action étaient une note de violon dans la grande symphonie de l'existence.
Imre acheta sa première bouteille de palinka à l'abricot le 7 juin 2000. Il pensa aux jours de crise du grand-père. A sa promesse d'enfant de ne jamais boire. Il la vida dans la nuit et fut malade.
Et Pal comprit que si l'année 1856 avait été si longue et si terrible, c'était parce qu'elle avait duré jusqu'en 1961.
Dans le silence, tout se dérègle. Le temps ne finit plus jamais.
J'ai l'impression que je pourrais pleurer toujours. Quand j'essaie de repenser à ma vie, je suis incapable de déterminer si j'étais heureux ou malheureux. Tout ce que je vois c'est que les années ont passé et que les années passées sont des années mortes. Ça me donne envie de pleurer, cette mort partout dès que je veux me souvenir de quelque chose.
Est-ce que la vie pouvait n'être que ça ?
Cette succession d'espoirs et de dépressions, l'un faisant toujours oublier l'autre, malgré les années et le peu de sagesse qu'on pouvait en tirer ?
Est-ce que c'était possible qu'il n'y ait pas plus ? Il aurait voulu savoir si elle se posait les mêmes questions que lui.
Est-ce qu'elle se rendait compte que la vie était bien plus vide qu'elle n'aurait dû l'être ?
Il pensa avec surprise que la nudité était toujours belle peut-être. C'était comme si les corps retrouvaient leur sens plein, débarrassés des obligations sociales des vêtements.
À seize ans, chaque signe de vieillesse sur les autres est un pas vers la disparition.
Je croyais quand j'étais plus jeune qu'en vieillissant on arrivait à la sagesse mais c'est des conneries. On arrive rien qu'à vieillir. On devient un animal qui pleure.
Est ce que la vie pouvait n'être que ça ? cette succession d'espoirs et de dépressions, l'un faisant toujours oublier l'autre, malgré les années et le peu de sagesse qu'on pouvait en tirer ? Est-ce que c'était possible qu'il n'y ait pas plus ?
La perte de la personne qui lui avait donné la vie avait englouti un peu de son existence à lui aussi, il se sentait incomplet, comme si l'enveloppe de son corps dissimulait des creux, des organes manquants.
Il y a des vies minuscules mais d'autres sont immenses, elles ont embrassé toutes les dimensions du monde.
Sous trop de porches, des gens attendent , sûrs que la vie leur doit quelque chose, quelqu'un, et jamais ça n'arrive.