On ne peut pas exister dans ses propres yeux. On ne peut pas arriver seul à la fin d'une vie et se dire à soi-même: oui, tu l'as vécue. Il faut d'autres yeux pour ça.
❧
Il pensa avec surprise que la nudité était toujours belle peut-être. C'était comme si les corps retrouvaient leur sens plein, débarrassés des obligations sociales des vêtements.
◆
À lire aussi de Alice Zeniter
Elle a cette beauté fanée des grosses fleurs, qui paraissent être au summum de leur déploiement chatoyant quand déjà un simple effleurement suffirait à en détacher tous les pétales.
Si on écoute les femmes, le monde est rempli de djinns qui se glissent partout. Comme si les démons n'avaient pas mieux à faire... C'est rare, en réalité, très rare, qu'il y ait des rencontres entre eux et nous. Souvent, on vient me chercher et il n'y a pas de démon. Il faudrait juste prendre de l'aspirine ou arrêter l'alcool ou je ne sais pas. Mais les gens sont trop déçus lorsque je leur dis. Ils veulent à tout prix avoir des démons.
Naima aime les gens qui vieillissent sans mollir. C'est un effort et un risque considérables : le corps avec l'âge supporte moins les coups. Décider de rester droit, debout et dur, c'est s'exposer à la brisure nette des os ou de l'ego. Alors chez la plupart des gens, la colonne vertébrale ploie lentement avec les années et une sorte de calme s'installe.
Ce qui fait tenir une maison, ce ne sont pas les pierres, la maçonnerie. C'est la présence humaine à l'intérieur.
Dans la même œuvre
Elle pensait que chaque être et chaque action étaient une note de violon dans la grande symphonie de l'existence.
Imre acheta sa première bouteille de palinka à l'abricot le 7 juin 2000. Il pensa aux jours de crise du grand-père. A sa promesse d'enfant de ne jamais boire. Il la vida dans la nuit et fut malade.
Et Pal comprit que si l'année 1856 avait été si longue et si terrible, c'était parce qu'elle avait duré jusqu'en 1961.
Dans le silence, tout se dérègle. Le temps ne finit plus jamais.
J'ai l'impression que je pourrais pleurer toujours. Quand j'essaie de repenser à ma vie, je suis incapable de déterminer si j'étais heureux ou malheureux. Tout ce que je vois c'est que les années ont passé et que les années passées sont des années mortes. Ça me donne envie de pleurer, cette mort partout dès que je veux me souvenir de quelque chose.