Vous trouvez ça normal vous que l'amour passe ? Qu'il ne fasse que passer ?

À lire aussi de Camille Laurens

L'amour se déploie dans ce conte : toi et moi comme deux moitiés d'un coquillage dont nous reformerions l'unité perdue, dont nous retrouverions la forme unique
C’est mystérieux, le désir. On veut de l’autre quelque chose qu’on n’a pas ou qu’on n’a plus.
On ne se parle jamais si mal que quand on ne parle que de peur de se taire.
Peut-on se montrer tel que l'on est vraiment, sans être nu?
Ça me rappelle ce passage terrible dans Belle du Seigneur... Albert Cohen a créé ce personnage emblématique du mâle, Solal, qui compare la rivalité des hommes auprès des femmes à un combat de babouins : les babouins se battent pour une femelle, et c'est le plus fort qui gagne, et le plus fort c'est le plus grand, et celui qui a les dents les plus belles. Qu'il lui manque dix centimètres ou un dent de devant, et c'en est fini du désir, fini de la grande histoire d'amour ! Cohen nous fait passer pour des idiotes, nous les femmes, mais est-ce que les hommes ne sont pas pires, infiniment plus dépendants encore de notre beauté, de notre apparence ?
Toutes les citations de Camille Laurens →

Dans la même œuvre

Certaines femmes comprennent cela. Que mourir est leur seul moyen de se faire aimer.
L’amour commence comme il finira, il finit comme il a commencé, par cet effroi qui serre le cœur autour d’un vide, cet appel d’air entravé qui coupe le souffle comme un appel à l’aide, ce mouvement d’accordéon intime qui inspire et expire, diastole et systole, chaud-froid, pompe affolée.
Ça a commencé comme ça, voilà ce qu'il faut montrer : le début de l'amour, comment c'est, la peur que c'est. Il faut le montrer parce qu'ensuite on l'oublie, il y a une ellipse, un blanc pareil au trou de mémoire creusé dans le début de la vie : on passe tout de suite aux photos de famille et aux goûters d'anniversaire, maman et ses bras, et l'ours en peluche. On oublie la naissance, on oublie qu'on a eu froid, qu'on a eu mal, qu'on a eu peur, on ne veut pas le savoir.
On n'oublie jamais ceux qu'on aime. Tout passe tout s'efface hors le souvenir. L'amitié et l'amour les pleureront toujours. Le temps passe les souvenirs restent.
L'amour, c'est vivre dans l'imagination de quelqu'un .