Œuvre

Celle que vous croyez (2016)

Le désir veut conquérir et l’amour veut retenir. Le désir, c’est avoir quelque chose à gagner, et l’amour quelque chose à perdre.
Pour les gens comme moi, Internet est à la fois le naufrage et le radeau : on se noie dans la traque, dans l'attente, on ne peut pas faire son deuil d'une histoire pourtant morte, et en même temps on surnage dans le virtuel, on s'accroche aux présences factices qui hantent la Toile, au lieu de se déliter on se relie.
Les hommes mûrissent les femmes vieillissent.
Vous avez beau savoir ce qui se passe, ce qui s'est passé, vous n'en êtes pas sauvé pour autant. Quand vous avez compris ce qui vous fait souffrir, vous souffrez toujours. Aucun bénéfice. On ne guérit pas de ce qu'on rate. On ne reprise pas les draps déchirés.
On ne guérit pas de ce qu'on rate. On ne reprise pas les draps déchirés.
La vie m'échappe, elle me détruit, écrire n'est qu'une manière d'y survivre – la seule manière. Je ne vis pas pour écrire, j'écris pour survivre à la vie. Je me sauve. Se faire un roman, c'est se bâtir un asile.
Se faire un roman, c'est se bâtir un asile.
L'amour, c'est rester alors qu'on pourrait s'en aller.
Je ne pense pas que la création d'un faux compte sur Facebook soit un élément suffisant pour porter plainte. D'une part, si cela était, il faudrait inculper les dizaines, les centaines de milliers de gens qui, de par le monde, sur tous les sites de rencontre et les réseaux sociaux, se font passer pour ce qu'ils ne sont pas, truquent leur âge, mentent sur leur profession, leur statut familial, voire leur sexe, postent des photos vieilles de vingt ans et se créent une existence plus libre, plus excitante que la leur.
Ça me rappelle ce passage terrible dans Belle du Seigneur... Albert Cohen a créé ce personnage emblématique du mâle, Solal, qui compare la rivalité des hommes auprès des femmes à un combat de babouins : les babouins se battent pour une femelle, et c'est le plus fort qui gagne, et le plus fort c'est le plus grand, et celui qui a les dents les plus belles. Qu'il lui manque dix centimètres ou un dent de devant, et c'en est fini du désir, fini de la grande histoire d'amour ! Cohen nous fait passer pour des idiotes, nous les femmes, mais est-ce que les hommes ne sont pas pires, infiniment plus dépendants encore de notre beauté, de notre apparence ?
Il n'y a jamais eu de grande différence pour moi entre le désir et le désir d'écrire - c'est le même élan vital, le même besoin d'éprouver la matérialité de la vie.
Je préfère l'angoisse à l'oubli, quand on est malheureux, il vaut mieux le savoir, vous n'êtes pas d'accord ?
L'écriture, c'est de la pêche - pêche à la ligne, pêche au gros, c'est plus ou moins physique, mais le principe, c'est l'attente. Une attente active, un aguet. L'impression que si vous attendez bien, si vous savez attendre, à l'écoute du moindre frémissement de ligne, du plus petit friselis, vous ne serez pas bredouille, ça va mordre. Écrire, c'est comme l'amour : on attend, et puis ça mord.
Écrire, c'est comme l'amour : on attend, et puis ça mord.
Ce n'est pas le tout d'être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas : la devise est connue.
C'est quoi, l'amour ? C'est quoi, sinon l'envie de retrouver toujours un certain corps, et le récit qu'on s'en fait ?
Le désir nous fait éprouver le vide, c'est vrai, le puissant chaos qui nous environne et nous constitue, mais ce vide, on l'éprouve comme le funambule sur son fil, on le tâte comme l'équilibriste quand il y balance sa jambe, on est à deux doigts du désastre et de la chute, de l'angoisse mortelle, et pourtant, on est là, tout vibrant d'une présence agrandie, décuplée, immense, on se déploie dans le chaos, retenu par le seul fil de ce qui nous lie à l'autre, notre compagnon de vide, notre funambule jumeau.
L’amour c’est vivre dans l’imagination de quelqu’un. Une fiction, oui. Et alors ? Être aimée, c’est devenir une héroïne. L’amour c’est un roman que quelqu’un écrit sur vous. Et réciproquement. Il faut que ce soit réciproque sinon c’est l’enfer.
Être aimée, c'est devenir une héroïne.
J'aime bien cette idée qu'on est responsable de l'amour qu'on suscite, c'est-à-dire que d'une certaine manière, à défaut d'y répondre, on en répond.
L'écriture personnelle, ce mouvement qui va de l'intérieur vers l'extérieur pour exprimer ce qui s'est imprimé en soi - écrire pour dire son expérience, ses rêves, écrire pour dire son désir, l'attraper dans le filet des mots comme un poisson gigotant. Vous avez déjà essayé, vous ? Bien sûr, c'est souvent décevant : la confrontation entre le récit qu'on a dans la tête et celui dont on accouche plus ou moins péniblement peut être terrible
Nous sommes tous, dans les fictions continues de nos vies, dans nos mensonges, dans nos accommodements avec la réalité, dans notre désir de possession, de domination, de maîtrise de l'autre, nous sommes tous des romanciers en puissance. Nous inventons tous notre vie.
C'est fou , quand on y pense , une histoire d'amours entre pseudo : comme dans un roman , au fond , des créatures de fiction .
Tout le monde n'est pas prêt à la vérité. Les gens s'en foutent de la vérité. Ce qui compte, c'est ce qu'ils croient. La vérité, ils écrivent par-dessus. Ils la font disparaître à force de fictions, de récits. Ils vivent de ça, de ce qu'ils racontent.
Ce n’est pas pour rien que ça s’appelle la Toile. Tantôt, on est l’araignée, tantôt le moucheron. Mais on existe l’un pour l’autre, l’un par l’autre, on est reliés par la religion commune. A défaut de communier, ça communique.