Peut-on se montrer tel que l'on est vraiment, sans être nu?
Auteur
Camille Laurens
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Les femmes ne décident pas des hommes; ce ne sont pas les femmes qui font les hommes.
La littérature est une machine à fabriquer des souvenirs et de la mort, une manufacture de testaments. Aucun roman n'a jamais fait de projet d'avenir.
Nous voulons des romans d'amour, pas des romans sur l'amour, des livres de deuil, pas des livres sur le deuil.
Le premier amour est éternel, le temps ne passe pas, c'est le principe amoureux.
L'ami est triste, toujours, c'est une espèce de chagrin d'amour.
L'anniversaire, c'est ce moment où l'année tourne, où se révèle un autre versant du temps - et quelquefois il verse comme un chariot.
«Tout donner, et puis s'en aller», c'est facile à dire. Les donneurs de leçons courent les rues, les avis sont toujours gratis, car on ne donne rien si libéralement que ses conseils.
Pense à l'avenir: contresens absolu du réconfort. L'avenir, c'est la mort.
O vierge Marie, vous qui en avez eu un sans le faire, faîtes que je puisse le faire sans en avoir.
Etre à la merci de quelqu'un, voilà qui enlève au mot toute son urbanité et ramène le corps social dans la féodalité, où nous nous voyons malgré nous taillables et corvéables à merci.
Certaines femmes comprennent cela. Que mourir est leur seul moyen de se faire aimer.
Ce serait peut-être une définition de l'amour, celle de Flaubert: la curiosité. Être soudain, tellement curieux de quelqu'un, fou curieux. Connaître l'autre, co-naître, naître au monde avec lui, tel est l'unique projet. La phrase la plus éloignée de l'amour, ce ne serait pas je te hais, mais je ne veux pas te savoir.
Tous les hommes aiment les femmes libres, pourvu qu'ils en aient une à la maison qui ne le soit pas.
On peut parler des filles et de leur Prince Charmant, mais que dire du rêve que poursuivent les hommes avec au moins autant d'obstination : l'Autre Femme, la femme d'à côté, l'autre côté de la mer ?
L'amour se déploie dans ce conte : toi et moi comme deux moitiés d'un coquillage dont nous reformerions l'unité perdue, dont nous retrouverions la forme unique
J’ai fait ma conférence sur les femmes aux fenêtres. À la fin, quelqu’un m’a lancé : Tous ces romans moi-je-personnellement-en-ce-qui-me-concerne, c’est d’un pénible à la fin. Les romanciers ne pourraient pas s’intéresser un peu aux autres, non ? - Vous savez ce que disait Victor Hugo, monsieur: « Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. »
Vous savez ce que disait Victor Hugo : « Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. »
On ne se parle jamais si mal que quand on ne parle que de peur de se taire.
Non pas l’envie de donner (son temps, sa parole, la vie) mais l’espoir de recevoir ; non pas le bonheur d’aimer, mais l’exigence jumelle, ardente et vierge, l’espérance infinie d’être aimé.
Il nous faudrait cent mots où nous n'en avons qu'un, ce petit mot d'amour bon à tout et propre à rien, ce verbe aimer qui traîne partout, qui va pour tout - l'amour de Dieu, l'amour des hommes, l'amour de soi, l'amour des autres, et j'aime ma mère, et j'aime ma femme, et j'aime ma fille, et j'aime mon chien (et plus je regarde l'homme, plus j'aime mon chien), et j'aime les frites, et j'aime Venise, et j'aime Ravel, et j'aime ton cul, et je t'aime, et j'aime le croire.
L'une des maîtresses disait à Sacha Guitry : - \r\n-J e t'aime, Sacha. Et toi ? - \r\n- Moi aussi je m'aime, répondait-il.
Le désir veut conquérir et l’amour veut retenir. Le désir, c’est avoir quelque chose à gagner, et l’amour quelque chose à perdre.
Pour les gens comme moi, Internet est à la fois le naufrage et le radeau : on se noie dans la traque, dans l'attente, on ne peut pas faire son deuil d'une histoire pourtant morte, et en même temps on surnage dans le virtuel, on s'accroche aux présences factices qui hantent la Toile, au lieu de se déliter on se relie.
Les hommes mûrissent les femmes vieillissent.