La vie m'échappe, elle me détruit, écrire n'est qu'une manière d'y survivre – la seule manière. Je ne vis pas pour écrire, j'écris pour survivre à la vie. Je me sauve. Se faire un roman, c'est se bâtir un asile.
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Il nous faudrait cent mots où nous n'en avons qu'un, ce petit mot d'amour bon à tout et propre à rien, ce verbe aimer qui traîne partout, qui va pour tout - l'amour de Dieu, l'amour des hommes, l'amour de soi, l'amour des autres, et j'aime ma mère, et j'aime ma femme, et j'aime ma fille, et j'aime mon chien (et plus je regarde l'homme, plus j'aime mon chien), et j'aime les frites, et j'aime Venise, et j'aime Ravel, et j'aime ton cul, et je t'aime, et j'aime le croire.
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Que les mots suscitent des émotions violentes, des sentiments comme la tendresse et la pitié, c'est déjà beaucoup, mais qu'ils touchent ainsi le corps, le fond du ventre qu'ils nous amènent à sangloter, à rire, à désirer, il faut le vivre pour le croire.
Les hommes mûrissent les femmes vieillissent.
En outre, Degas a une passion pour la musique – Mozart, Gluck, Massenet, Gounod –, c’est sa première et principale raison de fréquenter l’Opéra avant de s’apercevoir, à travers des ballets aux chorégraphies subtiles, que, par la danse, « la musique devient dessin ».
L'amour, est-ce que ce n'est pas s'aliéner à quelqu'un, tomber en l'autre, ne plus s'appartenir ?
Dans la même œuvre
Ce serait peut-être une définition de l'amour, celle de Flaubert: la curiosité. Être soudain, tellement curieux de quelqu'un, fou curieux. Connaître l'autre, co-naître, naître au monde avec lui, tel est l'unique projet. La phrase la plus éloignée de l'amour, ce ne serait pas je te hais, mais je ne veux pas te savoir.
Tous les hommes aiment les femmes libres, pourvu qu'ils en aient une à la maison qui ne le soit pas.
On peut parler des filles et de leur Prince Charmant, mais que dire du rêve que poursuivent les hommes avec au moins autant d'obstination : l'Autre Femme, la femme d'à côté, l'autre côté de la mer ?
L'amour se déploie dans ce conte : toi et moi comme deux moitiés d'un coquillage dont nous reformerions l'unité perdue, dont nous retrouverions la forme unique
J’ai fait ma conférence sur les femmes aux fenêtres. À la fin, quelqu’un m’a lancé : Tous ces romans moi-je-personnellement-en-ce-qui-me-concerne, c’est d’un pénible à la fin. Les romanciers ne pourraient pas s’intéresser un peu aux autres, non ? - Vous savez ce que disait Victor Hugo, monsieur: « Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. »