Je n'ai jamais vu de critiques plus vides el moins vraies, plus partiales et moins utiles, que celles des livres que j'avais lus auparavant; mais, en revanche, quel mérite n'ai-je pas trouvé dans la critique des ouvrages que je ne connaissais pas encore!
Œuvre
Pensées extraites de tous les ouvrages de Johann Paul Friedrich Richter dit Jean-Paul
204 citations · Johann Paul Friedrich Richter, dit Jean-Paul · sur Dicocitations ↗
Notre siècle a plus repoussé les erreurs que les sources morales de nos erreurs. La cataracte qui voile nos yeux serait mal opérée, si l'on se bornait à la diviser sans l'extraire; car le plus léger mouvement pourrait la replacer devant notre vue.
Des nuages de l'erreur s'amoncellera plus tard l'orage de la passion.
Le présent prend plus vite notre reflet que nous ne prenons le sien.
L'école la plus nécessaire pour les enfants est celle de la patience; la volonté doit être brisée dans la jeunesse, ou elle brisera le coeur dans l'âge mûr.
Les hommes ne paraissent jamais plus ridicules que lorsqu'ils font quelque chose en masse et en foule.
Il est singulier que l'on accorde quelquefois aux autres la supériorité des talents, mais jamais celle des sentiments, et que l'on croie aux erreurs de sa raison et non à celles de son goût.
Personne n'est plus souvent trompé que la conscience, sans en excepter les femmes, ni les princes.
Le plus grand calme peut seul imprimer aux femmes le type du beau moral; c'est ainsi que les plus belles cristallisations ne doivent la régularité qui en fait le prix, qu'à l'immobilité des corps qui concourent à leur formation.
Mourir a quelque chose de sublime. Derrière de sombres et majestueux rideaux, la mort accomplit seule ce prodige mystérieux et travaille pour l'éternité, tandis que les mortels, les yeux humides mais voilés, assistent à cette scène d'un autre monde.
La vieillesse honore l'amour; mais elle diffère de la jeunesse en ce qu'elle attache moins de prix aux preuves qu'on en donne.
Lorsque le vieux Moïse voulut donner des lois sur le mont Sinaï, il commença par jeuner. Nos législateurs modernes, au contraire, ont coutume de ne travailler à leurs codes qu'après avoir fait un bon repas.
Voulez-vous mieux connaître votre maîtresse en une heure que pendant un mois du commerce le plus intime? considérez-la durant soixante minutes au milieu de ses amies et de ses ennemies, si toutefois cette dernière expression n'est point un pléonasme.
L'âme d'une jeune fille ressemble à une rose épanouie; arrachez une seule feuille de son calice, toutes les autres tombent aussitôt.
La différence qu'il y a entre un homme malheureux et un homme heureux est la même que celle qui existe entre celui qui a la fièvre tierce et celui qui a la fièvre quarte. Le premier n'a qu'un bon jour, le second en a deux.
Respectez l'individualité dans l'homme; elle est la racine de tout ce qu'il y a de bien.
La poésie nous métamorphose comme au jour du jugement, en nous glorifiant sans nous changer.
Les fleuves les plus rapides sont en même temps les moins limpides; ils s'épurent en coulant plus paisiblement.
Les hommes éprouvent plus de honte à s'entretenir de leurs maîtresses que de leurs femmes; car, dans l'état de mariage, deux amis peuvent trouver à sympathiser, ne serait-ce qu'en se confiant mutuellement leurs doléances.
Je veux m'élever au-dessus de l'Océan des êtres comme un nageur intrépide qui lutte contre les vagues, et non comme un cadavre par la pourriture.
L'air n'est jamais si corrompu que là où sa pureté est éprouvée par des prédicateurs ou par des chimistes.
L'homme ne serait sur cette terre que cendre et vanité, que jouet et fumée, s'il ne sentait qu'il est tel. O Dieu! ce sentiment est notre immortalité.
Voulez-vous prendre part à la joie la plus pure? ne regardez pas celle des enfants, mais contemplez celle des parents qui jouissent de leurs plaisirs.
Les femmes d'une délicatesse exquise, semblables aux abeilles, ne recherchent que les fleurs et les tendres bourgeons. Celles d'une sensibilité moins raffinée sont comme les frelons , et ne s'attachent qu'aux fruits.
Ce n'est point l'amour malheureux, mais seulement l'amour heureux qui rend les bons meilleurs.