Les vagues qu'amoncelle la douleur s'élèvent entre nous et le monde, et isolent notre navire au milieu d'un port rempli de vaisseaux.
Œuvre
Pensées extraites de tous les ouvrages de Johann Paul Friedrich Richter dit Jean-Paul
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La vie d'un courtisan est, comme celle du chrétien, une prière constante pour obtenir quelque chose.
Le monde des esprits n'est qu'une partie de notre monde intérieur; le moi ne redoute que le moi.
Il est des situations où l'homme, oppressé de sa propre grandeur, ne peut ni en parler, ni être fin, ni y faire des allusions.
Le peuple est pour un ministre ce qu'un grand capital est aux yeux d'un banquier; une simple abstraction, une quantité algébrique qu'il fait entrer dans ses calculs.
L'homme ne s'aperçoit souvent que trop tard combien il a été aimé, combien il a montré d'oubli et d'ingratitude; il ne comprend que trop tard la grandeur du coeur qu'il a méconnu.
Plus nous aimons Dieu et les hommes, et moins nous nous aimons nous-mêmes: une planète se tourne sur son axe d'autant plus lentement que sa révolution autour du soleil est plus rapide.
La plaisanterie est inépuisable, le sérieux ne l'est pas.
Il existe dans la vie un crépuscule entre la joie et la douleur, un vent intermédiaire entre le zéphyr et le maëstral.
Les jeunes gens tombent à genoux devant leur maîtresse, comme l'infanterie devant la cavalerie, pour la vaincre ou pour donner la mort.
Les têtes grises se cachent volontiers avant de disparaître, et cherchent, comme les oiseaux, à mourir dans l'obscurité.
L'imagination ne peut retracer dans ses tableaux que le passé ou l'avenir, le présent échappe à ses pinceaux; ainsi l'eau de rose perd, dit-on, sa vertu au moment où les rosiers fleurissent.
Quelques hommes sont aussi libres que Diogène, non quand il est dans son tonneau, mais lorsqu'il le porte.
Les hommes et les livres ont besoin d'être corrigés plus d'une fois, pour pouvoir se passer d'errata.
Les femmes veulent seulement que l'on s'excuse auprès d'elles, peu leur importe comment.
Lorsque deux personnes qui aiment, se rencontrent au milieu des mêmes émotions, c'est alors qu'elles apprécient pour la première fois le coeur de l'homme, son amour et son bonheur!
Les femmes éprouvent plus de chagrins que les hommes; au ciel, on voit plus d'éclipses de lune que de soleil.
On rencontre quelquefois dans les Alpes sur les bords d'un glacier un gazon émaillé de fleurs; souvent aussi, près des glaces de la mort, on trouve des fleurs d'un nouveau printemps.
Leibnitz attribue à la guerre de Trente ans l'introduction dans la langue allemande, de cette multitude d'expressions étrangères qui la rendent semblable à un régiment prussien, composé pour la plus grande partie des déserteurs de toutes les nations.
Il n'est point de père qui soit plus ravi d'admiration à la vue du génie de son fils que celui qui lit ses propres ouvrages.
N'avoir qu'une seule volonté à laquelle on rattache tonte sa vie et qui ne change ni à chaque minute, ni à chaque homme, voilà ce qu'il y a de plus essentiel en ce monde.
Le poète ressemble aux cordes de la lyre; il devient invisible comme elles, lorsqu'il s'ébranle, et rend des sons mélodieux.
La guerre est la mue de l'humanité; elle y perd ses vieilles plumes, soit qu'elles tombent, soit qu'on les arrache.
Le passé et l'avenir se voilent à nos regards; mais l'un porte le voile des veuves, l'autre celui des vierges.
Il en est des comparaisons et des ressemblances comme des pièces d'or; dont Rousseau a dit, que la première était plus difficile à gagner que les mille qui suivent.