Œuvre
L'élégance du hérisson (2006)
Thé et manga contre café et journal : l'élégance et l'enchantement contre la triste agressivité des jeux de pouvoir adultes.
C'est toucher le fond de la marre sociale que d'entendre dans la voix d'un riche qu'il ne s'adresse qu'a lui même et que, bien que les mots qu'il prononce vous soient techniquement destinés, il n'imagine même pas que vous puissiez les comprendre.
Et, de toutes mes forces, je lance une supplique pour que ta vie soit à la hauteur de ce que tu promets.
Elle a pourri la vie de sa belle-fille jusqu'au bout. Paix à son âme, c'était une sainte femme, avait ajouté Manuela - qui vouait à la jeune Mme Meurisse une haine racinienne - en guise d'oraison funèbre.
Toutes les familles heureuses se ressemblent mais les familles malheureuses le sont chacune à leur façon est la première phrase d'Anna Karénine que, comme toute bonne concierge, je ne saurais avoir lu, non plus qu'il ne m'est accordé d'avoir sursauté par hasard à la seconde partie de cette phrase, dans un moment de grâce, sans savoir qu'elle venait de Tolstoï.
Oui, l'univers conspire à la vacuité, les âmes perdues pleurent la beauté, l'insignifiance nous encercle.
S'il y a bien une chose que les pauvres détestent, ce sont les autres pauvres.
J'enclenche la cassette, je sirote du thé au jasmin. De temps en temps, je reviens en arrière, grâce à ce rosaire laïc qu'on appelle la télécommande.
Aimer, ça ne doit pas être un moyen, ça doit être un but.
Où se trouve la beauté ? Dans les grandes choses qui, comme les autres, sont condamnées à mourir, ou bien dans les petites qui, sans prétendre à rien, savent incruster dans l'instant une gemme d'infini ?
Disons que l'idée de me battre dans un monde de nantis, moi, la fille de rien, sans beauté ni piquant, sans passé ni ambition, sans entregent ni éclat, m'a fatiguée avant même d'essayer.
Je me lève en prenant soin de traîner mes pieds enchâssés dans des chaussons si conformes que seule la coalition de la baguette de pain et du béret peut leur lancer le défi des clichés consensuels.
C'est peut-être ça la vie : beaucoup de désespoir mais aussi quelques moments de beauté où le temps n'est plus le même.
L'important n'est pas de mourir mais ce que l'on fait quand on va mourir : Madame Michelle avait décider d'aimer.
Vivre, se nourrir, se reproduire, accomplir la tâche pour laquelle on est né et mourir : ça n'a aucun sens, c'est vrai, mais c'est comme ça que les choses sont.
Personne ne semble avoir songé au fait que si l'existence est absurde, y réussir brillamment n'a pas plus de valeur qu'y échouer. C'est seulement plus confortable.
L'incapacité qu'ont les êtres à croire à ce qui fait exploser les cadres de leurs petites habitudes mentales.
Nous parlons d'amour, de bien et de mal... et nous accrochons à ces icônes respectables comme la tique assoiffée à son gros chien tout chaud.
Aux riches le devoir du Beau. Sinon, ils méritent de mourir.
J'ai beau savoir que le monde est laid, je n'ai pas envie de le voir.
Et dans mon souvenir aussi, le rugby, c'est un jeu pesant, avec des gars qui se jettent sans cesse sur l'herbe et se relèvent pour retomber et s'emmêler trois pas plus loin.
Car l'Art, c'est la vie, mais sur un autre rythme.
Vivre, mourir : ce ne sont que des conséquences de ce qu'on a construit. Ce qui compte, c'est de bien construire. Alors voilà, je me suis donné une nouvelle astreinte. Je vais arrêter de défaire, de déconstruire, je vais me mettre à construire.
Ainsi, comment se passe la vie ? Nous nous efforçons bravement, jour après jour, de tenir notre rôle dans cette comédie fantôme.
La politique, me dit-elle. Un jouet pour les petits riches qu'ils ne prêtent à personne.