Œuvre

A la recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé (1927)

L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument d'optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n'eût peut-être pas vu en soi-même.
Mais puisque je savais maintenant que je ne pouvais rien atteindre de plus que des plaisirs frivoles, à quoi bon me les refuser?
J'avais fini par vivre sans même m'apercevoir de sa présence; car nos plus grandes craintes, comme nos plus grandes espérances ne sont pas au-dessus de nos forces, et nous pouvons finir par dominer les unes et réaliser les autres.
Un nom, c'est bien souvent tout ce qui reste pour nous d'un être non pas même quand il est mort, mais de son vivant.
Les relations avec une femme qu'on aime (et celà peut s'étendre à l'amour pour un jeune homme) peuvent rester platoniques pour une autre raison que la vertu de la femme ou que la nature peu sensuelle de l'amour qu'elle inspire.
L'intérêt de ne pas s'être trompé quand on a émis un pronostic faux abrège la durée du souvenir de ce pronostic et permet d'affirmer très vite qu'on ne l'a pas émis.
«Son plus vieil ami! me dis-je, elle exagère; peut-être un des plus vieux, mais suis-je donc...» A ce moment un neveu du prince s'approcha de moi: «Vous qui êtes un vieux Parisien», me dit-il.
Ce livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n'a pas, dans le sens courant, à l'inventer, puisqu'il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche de l'écrivain sont ceux d'un traducteur.
A tout moment l'artiste doit écouter son instinct, ce qui fait que l'art est ce qu'il y a de plus réel, la plus austère école de la vie, et le vrai Jugement dernier.
L'art véritable n'a que faire de tant de proclamations et s'accomplit dans le silence.
Avoir un corps, c'est la grande menace pour l'esprit, la vie humaine et pensante.
Les classes d'esprit n'ont pas égard à la naissance.
Même à égalité de mémoire, deux personnes ne se souviennent pas des mêmes choses.
L'esprit a ses paysages dont la contemplation ne lui est laissée qu'un temps.
Les vrais paradis sont les paradis que l'on a perdus.
Rien n'est plus limité que le plaisir et le vice. On peut vraiment, dans ce sens-là, en changeant le sens de l'expression, dire qu'on tourne toujours dans le même cercle vicieux.
Un général est comme un écrivain qui veut faire une certaine pièce, un certain livre, et que le livre lui-même, avec les ressources inattendues qu'il révèle ici, l'impasse qu'il présente là, fait dévier extrêmement du plan préconçu.
Un écrivain médiocre vivant dans une époque épique restera un tout aussi médiocre écrivain.
Nos propres erreurs et nos propres ridicules ayant rarement pour effet de nous rendre, même quand nous les avons percés à jour, plus indulgents à ceux des autres.
Le véritable bourrage de crâne, on se le fait à soi-même par l'espérance, qui est une forme de l'instinct de conservation d'une nation, si l'on est vraiment membre vivant de cette nation.
Ce livre essentiel, le seul vrai livre, un grand écrivain n'a pas, dans le sens courant, à l'inventer, puisqu'il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche d'un écrivain sont ceux d'un traducteur.
La prétention avoisine la bêtise, la simplicité a un goût un peu caché mais agréable.
Le bourrage de crâne est un mot vide de sens. Le véritable bourrage de crâne, on se le fait à soi-même par l'espérance, qui est une forme de l'instinct de conservation.
La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature.
L'art est long et la vie courte.