Œuvre

A la recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé (1927)

A l'être que nous avons le plus aimé nous ne sommes pas si fidèles qu'à nous-même, et nous l'oublions tôt ou tard pour pouvoir - puisque c'est un des traits de nous-même - recommencer d'aimer.
Les chagrins sont des serviteurs obscurs, détestés, contre lesquels on lutte, sous l'empire de qui on tombe de plus en plus, des serviteurs atroces, impossibles à remplacer et qui par des voies souterraines nous mènent à la vérité et à la mort.
Nos plus grandes craintes, comme nos plus grandes espérances, ne sont pas au-dessus de nos forces, et nous pouvons finir par dominer les unes et réaliser les autres.
Ce qui est étonnant, dit-il, c'est que ce public qui ne juge ainsi des hommes et des choses de la guerre que par les journaux est persuadé qu'il juge par lui-même.
Car le bonheur seul est salutaire pour le corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit.
On arrange aisément les récits du passé que personne ne connait plus, comme ceux des voyages dans les pays où personne n'est jamais allé.