Œuvre

A la recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé (1927)

Une femme qu'on aime suffit rarement à tous nos besoins et on la trompe avec une femme qu'on n'aime pas.
Ils n'étaient pas des vieillards, mais des jeunes gens de dix-huit ans extrêmement fanés.
«Quoi ! Après tout on s'en fiche?» Mais il avait beau vouloir dire par là qu'après tout on se fichait des conséquences, il est probable qu'il ne s'en fichait pas tant que cela.
Dans ce livre où il n'y a pas un seul fait qui ne soit fictif, où il n'y a pas un seul personnage «à clef», où tout a été inventé par moi selon les besoins de ma démonstration ...
Là où je cherchais les grandes lois, on m'appelait fouileur de détails.
Dans toute une partie du ciel - du ciel ignorant de l'heure d'été et de l'heure d'hiver, et qui ne daignait pas savoir que 8 h 1/2 était devenu 9 h 1/2 - dans toute une partie du ciel bleuâtre il continuait à faire un peu jour.
J'avais assez fréquenté de gens du monde pour savoir que ce sont eux les véritables illettrés, et non les ouvriers électriciens.
Ces paroles me donnaient bien le sentiment de cette stagnation du passé qui dans certains lieux, par une sorte de pesanteur spécifique, s'immobilise indéfiniment, si bien qu'on peut le retrouver tel quel.
L'impression est pour l'écrivain ce que l'expérimentation est pour le savant, avec cette différence que, chez le savant, le travail de l'intelligence précède, et chez l'écrivain vient après.
Elle ne se faisait pas faute de citer à tout propos l'expression de fair play pour montrer les Anglais trouvant les Allemands des joueurs incorrects.
Cette élégante médiocrité est d'ailleurs délicieuse - surtout avec tout ce qu'il s'y allie de générosité cachée et d'héroïsme inexprimé - à côté de la vulgarité de Bloch.
Pour que les choses paraissent nouvelles, si elles sont anciennes, et même si elles sont nouvelles, il faut, en art, comme en médecine, comme en mondanité, des noms nouveaux.
Aimer est un mauvais sort, comme ceux qu'il y a dans les contes, contre quoi on ne peut rien jusqu'à ce que l'enchantement ait cessé.
Le bonheur est salutaire pour le corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit.
Les oeuvres, comme dans les puits artésiens, montent d'autant plus haut que la souffrance a plus creusé le coeur.
C'est parce qu'ils contiennent ainsi les heures du passé que les corps humains peuvent faire tant de mal à ceux qui les aiment.
Une heure n'est pas qu'une heure, c'est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats.
«On n'en porte pas parce que cela ne se fait plus en ce moment. Mais cela se reportera, toutes les modes reviennent, en robes, en musique, en peinture», ajouta-t-elle avec force, car elle croyait une certaine originalité à cette philosophie.
Un nom c'est tout ce qui reste bien souvent pour nous d'un être, non pas même quand il est mort mais de son vivant.
L'Albertine réelle n'était guère qu'une silhouette, tout ce que s'y était superposé était de mon cru, tant dans l'amour les apports qui viennent de nous l'emportent sur ceux qui nous viennent de l'être aimé.
Avoir un corps, c'est la grande menace pour l'esprit.
C'est toujours l'attachement à l'objet qui amène la mort du possesseur.
Ce qui est dangereux et procréateur de souffrances dans l'amour, ce n'est pas la femme elle-même, c'est sa présence de tous les jours, la curiosité de ce qu'elle fait à tous moments; ce n'est pas la femme, c'est l'habitude.
Dans les personnes que nous aimons, il y a, immanent à elles, un certain rêve que nous ne savons pas toujours discerner mais que nous poursuivons.
Il n'est de souvenir douloureux que des morts. Or ceux-ci se détruisent vite, et il ne reste plus autour de leurs tombes mêmes que la beauté de la nature, le silence, la pureté de l'air.