Auteur

Yu Hua

Seul un Occidental qui aurait vécu quatre cents ans aurait pu vivre deux époques aussi dissemblables.
Une bicyclette Forever, qu'est-ce-que c'était ? A l'époque, l'équivalent d'une Mercedes ou d'une BMW, et notre district n'en touchait que trois par an. En ce temps-là, même quand on en avait les moyens financiers, on ne pouvait pas s'en procurer une neuve.
Sois tranquille Maman : s'il ne me reste qu'un bol de riz, il sera pour Li Guantou, et s'il ne me reste qu'une chemise, elle sera pour lui aussi.
- Soit tranquille, maman, je veillerai sur Li Guangtou toute ma vie. S'il ne me reste qu'un bol de riz, il sera pour lui, et s'il ne me reste qu'une chemise, elle sera pour lui aussi.
La morale de l'époque était rigide et conservatrice : quand un garçon et une fille avaient couché ensemble, ils perdaient instantanément de leur valeur et n'étaient plus négociables que sur le marché de l'occasion.
De nos jours, des fesses de femmes nues, on en voit partout, à la télévision, au cinéma, dans les VCD ou les DVD, dans les publicités ou dans les magazines, sur les stylos à bille ou les briquets ... Des postérieurs de toutes sortes, des postérieurs d'importation ou des postérieurs de fabrication chinoise ; des blancs, des jaunes, des noirs et des bruns ; des larges, des étroits, des gros et des maigres ; des lisses et des rugueux ; des jeunes et des vieux ; des faux et des vrais. On n'a que l'embarras du choix, et une paire d'yeux ne suffit pas pour tout regarder
De nos jours, les fesses d'une femme à poil, cela ne vaut plus rien : il suffit de lever la tête pour en voir une paire, on a à peine le temps d'éternuer qu'on tombe sur une deuxième, et on n'a pas de sitôt tourné le coin de la rue qu'on risque de marcher sur une troisième. Mais en ce temps-là, il n'en allait pas de même. C'était un trésor que personne n'aurait échangé contre tout l'or du monde, et il n'y a qu'au toilette qu'on pouvait espérer en mater une. Et voilà comme un petit voyou du genre de Li Guangtou s'était fait pincer la main dans le sac là-bas, et pourquoi un grand voyou comme son père y avait perdu la vie.
Il y a quatre principes dans la vie qu'un homme ne doit jamais oublier : ne pas dire de bêtises, ne pas se tromper de lit, ne pas se tromper de porte et ne pas mettre la main dans la poche d'autrui.
Plus tard, nous nous retrouvâmes de nouveau assis à l'ombre des arbres. Je lui demandai de continuer son récit. Emu, il me regarda comme si je lui faisait le plus beau des cadeaux. Que sa vie soit prise en considération par quelqu'un d'autre lui remplissait le coeur de joie.
Les mères ont toujours le coeur plus sensible.
Puisque mes enfants sont morts avant moi, je pars en paix, poursuivit-elle. Je n'ai plus à me soucier d'eux. Quoi qu'il en soit, ils m'ont respectée de leur vivant. Qu'est-ce qu'une mère peut souhaiter de plus ?
Si je meurs, me recommanda-t'elle à plusieurs reprises, il ne faudra pas m’envelopper dans un sac de lin. Ils sont pleins de noeuds que je n' arriverais pas à défaire dans l'autre monde.
Plus je prenais conscience que Jiazhen était atteinte d'une maladie inguérissable, plus je me sentais saisi d'épouvante. La vie passait tellement vite ! Dire qu'elle se trouvait dans un état pareil...En voyant son visage si maigre, je me rendais compte que, depuis son mariage, elle n'avait pas vécu un seul jour paisible avec moi. Jiazhen paraissait au contraire très contente.
A mon avis, mieux vaut vivre simplement. A se battre pour obtenir ceci ou cela, on perd la vie. Voilà pourquoi je suis toujours en vie, moi qui ne suis bon à rien, alors que les autres ne cessent de mourir autour de moi.
C'est dans l'urgence que les situations se débloquent. L'homme ne trouve des solutions que le dos au mur. Avant cela, il n'en trouve pas, ou s'il en trouve il ne sait pas les mettre à exécution.
C'est dans l'urgence que les situations se débloquent.
L'homme ne trouve des solutions que le dos au mur. Avant cela, il n'en trouve pas, ou s'il en trouve il ne sait pas les mettre à exécution.
La force, dit Xu Sanguin, ce n'est pas comme l'argent. L'argent, plus on s'en sert, plus il est rare. La force, plus on l'utilise, plus elle abonde.
Le mariage, la maison, ça se paye avec l'argent qu'on a gagné en vendant notre sang. Celui qu'on gagne dans les champs nous permet tout au plus de ne pas mourir de faim.
A compter de ce jour, ils ne mangèrent plus de brouet de maïs que deux fois par jour, une fois le matin, une fois le soir. Le reste du temps, ils le passaient au lit, sans un mot, sans un geste. Dès qu'on bougeait, le ventre se mettait à gargouiller et on avait faim. Calmement étendu sur le lit, sans dire un mot, sans faire un geste, on s'endormait.
J'ai servi la Chine toute crue.
Tout au plus, je suis un bon ouvrier du roman, mais certainement pas un intellectuel.
Je n'avais jamais explicitement écrit un roman sur la révolution culturelle. J'ai souvent tourné autour, je m'en suis servi en arrière-plan, mais je ne considérais pas cette période comme un personnage ou un sujet en soi. Avec Brothers, j'ai compris qu'il y avait un sens à confronter la révolution culturelle à l'époque contemporaine - des moments historiques parfaitement contradictoires et pourtant indissolublement liés. En quarante ans, nous sommes passés d'une période de répression totalitaire à une période de défoulement anarchique. La violence du défoulement de ces dernières années s'explique par celle de la répression passée.
Mon éditeur voulait de la copie, le plus vite possible. Il pensait que deux best-sellers valaient mieux qu'un. Je ne peux pas dire qu'il ait eu tort. C'est pour cette raison qu'il a fait deux livres, en 2005, puis en 2006. J'aurais préféré que l'ensemble paraisse en un seul volume, comme ici.
Lorsque les écrivains parlent du passé, ils ne prennent pas beaucoup de risques en Chine. En revanche, décrire la société actuelle est plus périlleux.

Œuvres de Yu Hua

Brothers (2008)Interview Le Monde, Propos recueillis par Nils C. Ahl le 08 mai 2008Le septième jour (2014)Le vendeur de sang (2006)Vivre ! (2008)