Lorsque les écrivains parlent du passé, ils ne prennent pas beaucoup de risques en Chine. En revanche, décrire la société actuelle est plus périlleux.

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Sois tranquille Maman : s'il ne me reste qu'un bol de riz, il sera pour Li Guantou, et s'il ne me reste qu'une chemise, elle sera pour lui aussi.
Puisque mes enfants sont morts avant moi, je pars en paix, poursuivit-elle. Je n'ai plus à me soucier d'eux. Quoi qu'il en soit, ils m'ont respectée de leur vivant. Qu'est-ce qu'une mère peut souhaiter de plus ?
Le mariage, la maison, ça se paye avec l'argent qu'on a gagné en vendant notre sang. Celui qu'on gagne dans les champs nous permet tout au plus de ne pas mourir de faim.
De nos jours, les fesses d'une femme à poil, cela ne vaut plus rien : il suffit de lever la tête pour en voir une paire, on a à peine le temps d'éternuer qu'on tombe sur une deuxième, et on n'a pas de sitôt tourné le coin de la rue qu'on risque de marcher sur une troisième. Mais en ce temps-là, il n'en allait pas de même. C'était un trésor que personne n'aurait échangé contre tout l'or du monde, et il n'y a qu'au toilette qu'on pouvait espérer en mater une. Et voilà comme un petit voyou du genre de Li Guangtou s'était fait pincer la main dans le sac là-bas, et pourquoi un grand voyou comme son père y avait perdu la vie.
Brothers est un roman chinois typique parce qu'il n'est pas formel. On mélange des bouts de réalité en espérant que cela ressemble à quelque chose, comme quand on fait la cuisine. Ce qui a choqué, c'est que j'ai servi la vie sans apprêt, la Chine toute crue.
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Dans la même œuvre

J'ai servi la Chine toute crue.
Tout au plus, je suis un bon ouvrier du roman, mais certainement pas un intellectuel.
Je n'avais jamais explicitement écrit un roman sur la révolution culturelle. J'ai souvent tourné autour, je m'en suis servi en arrière-plan, mais je ne considérais pas cette période comme un personnage ou un sujet en soi. Avec Brothers, j'ai compris qu'il y avait un sens à confronter la révolution culturelle à l'époque contemporaine - des moments historiques parfaitement contradictoires et pourtant indissolublement liés. En quarante ans, nous sommes passés d'une période de répression totalitaire à une période de défoulement anarchique. La violence du défoulement de ces dernières années s'explique par celle de la répression passée.
Mon éditeur voulait de la copie, le plus vite possible. Il pensait que deux best-sellers valaient mieux qu'un. Je ne peux pas dire qu'il ait eu tort. C'est pour cette raison qu'il a fait deux livres, en 2005, puis en 2006. J'aurais préféré que l'ensemble paraisse en un seul volume, comme ici.
Ils attaquent la société contemporaine, qu'ils jugent trop individualiste et matérialiste. Mais si vous leur donnez 1 000 yuans, ils font votre éloge sur trois colonnes. Ils dénoncent l'argent, mais ils ne rêvent que de cela. En Chine, les éditeurs achètent les critiques, c'est ainsi.