J'ai servi la Chine toute crue.

À lire aussi de Yu Hua

De nos jours, les fesses d'une femme à poil, cela ne vaut plus rien : il suffit de lever la tête pour en voir une paire, on a à peine le temps d'éternuer qu'on tombe sur une deuxième, et on n'a pas de sitôt tourné le coin de la rue qu'on risque de marcher sur une troisième. Mais en ce temps-là, il n'en allait pas de même. C'était un trésor que personne n'aurait échangé contre tout l'or du monde, et il n'y a qu'au toilette qu'on pouvait espérer en mater une. Et voilà comme un petit voyou du genre de Li Guangtou s'était fait pincer la main dans le sac là-bas, et pourquoi un grand voyou comme son père y avait perdu la vie.
La morale de l'époque était rigide et conservatrice : quand un garçon et une fille avaient couché ensemble, ils perdaient instantanément de leur valeur et n'étaient plus négociables que sur le marché de l'occasion.
Si je meurs, me recommanda-t'elle à plusieurs reprises, il ne faudra pas m’envelopper dans un sac de lin. Ils sont pleins de noeuds que je n' arriverais pas à défaire dans l'autre monde.
Il y a quatre principes dans la vie qu'un homme ne doit jamais oublier : ne pas dire de bêtises, ne pas se tromper de lit, ne pas se tromper de porte et ne pas mettre la main dans la poche d'autrui.
Nous marchons dans ce silence qui s'appelle la mort. Nous ne parlons plus car notre mémoire n'avance plus. C'est une mémoire coupée du monde, faite de fragments disparates, à la fois vide et réelle. Je sens à mes côtés la marche muette de cette femme qui semble perdue et je soupire sur la tristesse de ce monde enfui.
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Tout au plus, je suis un bon ouvrier du roman, mais certainement pas un intellectuel.
Je n'avais jamais explicitement écrit un roman sur la révolution culturelle. J'ai souvent tourné autour, je m'en suis servi en arrière-plan, mais je ne considérais pas cette période comme un personnage ou un sujet en soi. Avec Brothers, j'ai compris qu'il y avait un sens à confronter la révolution culturelle à l'époque contemporaine - des moments historiques parfaitement contradictoires et pourtant indissolublement liés. En quarante ans, nous sommes passés d'une période de répression totalitaire à une période de défoulement anarchique. La violence du défoulement de ces dernières années s'explique par celle de la répression passée.
Mon éditeur voulait de la copie, le plus vite possible. Il pensait que deux best-sellers valaient mieux qu'un. Je ne peux pas dire qu'il ait eu tort. C'est pour cette raison qu'il a fait deux livres, en 2005, puis en 2006. J'aurais préféré que l'ensemble paraisse en un seul volume, comme ici.
Lorsque les écrivains parlent du passé, ils ne prennent pas beaucoup de risques en Chine. En revanche, décrire la société actuelle est plus périlleux.
Ils attaquent la société contemporaine, qu'ils jugent trop individualiste et matérialiste. Mais si vous leur donnez 1 000 yuans, ils font votre éloge sur trois colonnes. Ils dénoncent l'argent, mais ils ne rêvent que de cela. En Chine, les éditeurs achètent les critiques, c'est ainsi.