Bien qu'en aient dit certains hommes qui n'avaient pas songé à ce qu'ils disaient, la langue française n'est point fixée et ne se fixera point. Une langue ne se fixe pas.
L'esprit humain est toujours en marche, ou, si l'on veut, en mouvement, et les langues avec lui. Les choses sont ainsi. Quand le corps change, comment l'habit ne changerait-il pas ?
Toute époque a ses idées propres, il faut qu'elle ait aussi les mots propres à ses idées.
Il en est des idiomes humains comme de tout. Chaque siècle y apporte et en emporte quelque chose. Qu'y faire ? Cela est fatal. C'est donc en vain que l'on voudrait pétrifier la mobile physionomie de notre idiome sous une forme donnée.
On a dit : l'erreur est humaine ; moi je dis : l'erreur est amoureuse.
Mesdames, un deuxième conseil : ne vous mariez point ; le mariage est une greffe ; cela prend bien ou mal ; fuyez ce risque.
Partout où il y a une jolie femme l'hostilité est ouverte. Pas de quartier, guerre à outrance !
Une jolie femme est un casus belli ; une jolie femme est un flagrant délit. Toutes les invasions de l'histoire sont déterminées par des cotillons. La femme est le droit de l'homme.
L'homme qui n'est pas aimé plane comme un vautour sur les amantes d'autrui.
Le propre de l'amour, c'est d'errer.
Ne soyons ni prudes, ni prudents, ni prud'hommes. Je porte un toast à l'allégresse ; soyons allègres !
La civilisation tend invinciblement à l'unité d'idiome, à l'unité de mètre, à l'unité de monnaie, et à la fusion des nations dans l'humanité, qui est l'unité suprême.
Le premier besoin de l'homme, son premier droit, son premier devoir, c'est la liberté.
Qui dit frontière, dit ligature. Coupez la ligature, effacez la frontière, ôtez le douanier, ôtez le soldat, en d'autres termes, soyez libres ; la paix suit.
La liberté, c'est le but ; la paix, c'est le résultat.
Les grands dangers sont au dedans de nous. Qu'importe ce qui menace notre tête ou notre bourse ! Ne songeons qu'à ce qui menace notre âme.
C'est un tort de s'absorber dans la loi divine au point de ne plus s'apercevoir de la loi humaine. La mort n'appartient qu'à Dieu. De quel droit les hommes touchent-ils à cette chose inconnue ?
Les modes ont fait plus de mal que les révolutions.
Les coquillages sont de grands Seigneurs, qui, tout brodés et tout passementés, évitent le rude et incivil contact de la populace des cailloux.
L'eau est souple parce qu'elle est incompressible. Elle glisse sous l'effort. Chargée d'un côté, elle s'échappe de l'autre. C'est ainsi que l'eau se fait l'onde. La vague est sa liberté.
On ne pense pas plus dans l'extase qu'on ne nage dans le torrent.
Le propre de l'hypocrisie c'est d'être âpre à l'espérance. L'hypocrite est celui qui attend. L'hypocrisie n'est autre chose qu'une espérance horrible ; et le fond de ce mensonge-là est fait avec cette vertu, devenue vice.
Tant qu'on est deux, la vie est possible. Seul, il semble qu'on ne pourra plus la traîner. On renonce à tirer. C'est la première forme du désespoir. Plus tard on comprend que le devoir est une forme d'acceptations.
On regarde la mort, on regarde la vie, et l'on consent. Mais c'est un consentement qui saigne.
Pas de bête comme la mer pour dépecer une proie. L'eau est pleine de griffes. Le vent mord, le flot dévore ; la vague est une mâchoire. C'est à la fois de l'arrachement et de l'écrasement. L'océan a le même coup de patte que le lion.
Œuvres de Victor Hugo
A maman, Poème écrit le 27 septembre 1816.A propos de Shakespeare.Actes et Paroles (1875-1876)Actes et Paroles (1875-1876), Avant l'exilActes et Paroles (1875-1876), Avant l'exil, 2 mars 1848Actes et Paroles (1875-1876), III, XXII, Pour un soldat, février 1875Actes et Paroles (1875-1876), IV, Discours pour Voltaire, 30 mai 1878Actes et Paroles (1875-1876), Pendant l'exil, 24 février 1855Actes et paroles - Pendant l'exil (1875), 5 septembre 1870Amy RobsartAngelo, tyran de Padoue (1835)ApocrypheAprès l'hiverAristophaneAux membres du Congrès international pour l'avancement des sciences sociales, 22 septembre 1862.Aux élus de droite de la chambre des députés.Bug-Jargal (1826)Carnets, albums, journauxChoses vues (1849-1869)Choses vues (1849-1869), 1849