Œuvre

Cromwell (1827), Préface

L'idée, trempée dans le vers, prend soudain quelque chose de plus incisif et de plus éclatant. C'est le fer qui devient acier.
Les temps primitifs sont lyriques, les temps antiques sont épiques, les temps modernes sont dramatiques.
Chez lui, le vers embrasse l'idée, s'y incorpore étroitement, la resserre et la développe tout à la fois, lui prête une figure plus svelte, plus stricte, plus complète, et nous la donne en quelque sorte en élixir.
Il n'y a ni règle ni modèle.
Le vers est la forme optique de la pensée.
Le but de l'art est presque divin : ressusciter s'il fait l'histoire ; créer, s'il fait de la poésie.
Les langues ni le soleil ne s'arrêtent plus. Le jour où elles se fixent, c'est qu'elles meurent.
Bien qu'en aient dit certains hommes qui n'avaient pas songé à ce qu'ils disaient, la langue française n'est point fixée et ne se fixera point. Une langue ne se fixe pas.
L'esprit humain est toujours en marche, ou, si l'on veut, en mouvement, et les langues avec lui. Les choses sont ainsi. Quand le corps change, comment l'habit ne changerait-il pas ?
Toute époque a ses idées propres, il faut qu'elle ait aussi les mots propres à ses idées.
Il en est des idiomes humains comme de tout. Chaque siècle y apporte et en emporte quelque chose. Qu'y faire ? Cela est fatal. C'est donc en vain que l'on voudrait pétrifier la mobile physionomie de notre idiome sous une forme donnée.