Auteur

Simone de Beauvoir

On aurait dit que j'existais de deux manières; entre ce que j'étais pour moi, et ce que j'étais pour les autres, il n'y avait aucun rapport.
Je me disais que, tant qu'il y aurait des livres, le bonheur m'était garanti.
Jamais je n'avais rien perdu de précieux: lorsque les choses me quittaient, j'avais d'avance cessé d'y tenir.
Je connaîtrais donc à nouveau le découragement des réveils où ne s'annonce aucune joie; le soir, la caisse à ordure qu'il faut vider; et la fatigue et l'ennui.
Le secret du bonheur et le comble de l'art, c'est de vivre comme tout le monde, en n'étant comme personne.
Il y avait longtemps que la solitude m'avait précipitée dans l'orgueil.
Je ne veux pas que la vie se mette à avoir d'autres volontés que les miennes.
Il me semblait être atteinte d'une paralysie du coeur.
Elle ne parlait jamais que de ce qu'elle savait parfaitement, de ce qu'elle ressentais sincèrement, et c'est pourquoi elle se taisait souvent.
En tout cas je devais préserver ce qu'il y avait de plus estimable en moi: mon goût de la liberté, mon amour de la vie, ma curiosité, ma volonté d'écrire.
Le plus dur ce sont ces doutes, ces intermittences, ces vides si complets que je me demande parfois si tout ce qui est arrivé n'est pas un rêve.
Ma soeur participa plusieurs fois à ces équipées; pour se donner mauvais genre, elle mettait son chapeau de travers et croisait haut les jambes.
Une vague de xénophobie souleva la France: il était inadmissible qu'on employât une main-d'oeuvre italienne ou polonaise alors que les ouvriers de chez nous manquaient de travail.
Selon les lycées, le tableau que me font mes amis est plus ou moins sombre. Mais tous déplorent l'inertie de leur classe, son absence de participation.
Il me serra contre lui avec fougue; et puis de nouveau il entra en moi. «Je veux que tu jouisses en même temps que moi, dit-il. Tu veux? tu me diras: c'est maintenant...»
Inutile de prétendre intégrer la mort à la vie et se conduire de manière rationnelle en face d'une chose qui ne l'est pas: que chacun se débrouille à sa guise dans la confusion de ses sentiments.
Pas besoin de consulter des milliers de spécialistes pour savoir que dans vingt ans la majorité n'aura pas encore de salles de bains puisque dans la plupart des H. L. M. on n'aménage que des salles d'eau.
Pour eux, une vie, ce n'est qu'une carrière et le travail, rien d'autre qu'un moyen de parvenir. Ce qu'ils appellent réussite c'est le bruit qu'on fait et le fric qu'on gagne.
J'aimerai le jour où un homme me subjuguera par son intelligence, sa culture et son autorité.
Grâce à la semaine de quarante heures, on pouvait voir le samedi matin des couples, montés sur des tandems, qui pédalaient vers les portes de Paris.
Il ne nous semblait pas que les progrès de la technique aidassent à cette émancipation; des économistes américains prédisaient que bientôt les techniciens gouverneraient la terre: le mot de technocratie venait d'être inventé.
Une oeuvre à thèse non seulement ne montre rien mais elle ne démontre jamais que des fadaises.
Le monde s'éclaira d'un jour neuf au moment où je vis dans le travail la source et comme la substance des valeurs.
Pour que la pensée se coule sans hésitation dans les signes, il faut qu'une discipline ait impérieusement établi un rapport univoque de ceux-ci aux idées ...
Il n'y eut que le vampire de Düsseldorf qui nous fit rêver, car nous pensions que pour comprendre quelque chose aux hommes, il faut interroger les cas extrêmes.

Œuvres de Simone de Beauvoir

A propos de la mort de François Mauriac.Cité par Olivier Todd dans Un fils rebelle (1981).Correspondance croisée avec Jacques-Laurent Bost (2004)Entretien donné en janvier 1978 par la féministe, auteure du « Deuxième Sexe », à Pierre Viansson-Ponté, pour Le MondeIn La force des choses de Simone de BeauvoirL'Amérique au jour le jourL'Amérique au jour le jour (1948)L'InvitéeL'Invitée (1943)La Femme rompue (1968)La Force de l'âge (1960)Le Deuxième Sexe (1949)Le Sang des autresLes Belles Images (1966)Les Mandarins (1954)Les Temps modernes, numéros 109 à 115 (1955), Jean-Paul Sartre.Les bouches inutilesLes bouches inutiles (1945)Lettres à Nelson Algren (1997)Mémoires d'une jeune fille rangée (1958)