Auteur

Simone de Beauvoir

De mes premières années, je ne retrouve guère qu'une impression de rouge, de noir et de chaud.
J'étais un peu effarouchée quand j'entrai dans la chambre de Sartre; il y avait désordre de livres et de papiers, des mégots dans tous les coins, une énorme fumée. Sartre m'accueillit mondainement; il fumait la pipe.
La croûte terrestre. Quel énorme gâteau, cette planète, mal cuit, trop cuit, boursouflé, crevassé, fendillé, craquelé, tavelé, gonflé de cloques, creusé de poches, fumant, fumeux, encore bouillant et bouillonnant.
Dès que j'ai posté une lettre, je me sens si frustrée que je dois en commencer une autre. J'ai toujours l'impression de n'avoir rien dit, sans doute parce que l'amour ne peut se dire.
Vous êtes la première pensée de mon coeur quand j'ouvre les yeux, la dernière avant que je ne les ferme, vous ne me quittez pas un instant. Je me souviens et j'attends.
Je vous aime, pas d'un amour de vacances, d'un amour d'un instant, d'un grand amour dont je veux les tristesses comme les joies, d'un amour où je suis engagée corps et âme, si lourd, si précieux que parfois j'en ai le souffle coupé.
Je n'en sais pas assez long, je n'y vois pas clair, je prends parti à la légère, je n'ai pas le temps, je n'aurai jamais le temps. C'était excédant, ce refrain.
Mon compositeur préféré était Ravel dont j'étudiai l'oeuvre aussi exhaustivement que je le pus.
Sans doute par réaction contre cette société technocratique, ce qui les intéresse le plus ce sont les sciences occultes, les mondes extra-terrestres.
Tous ces déclassés, ces exilés, ces ratés, ces fabulants nous reposaient des monotonies de la province.
Un homme et un homme, ça ne fait pas deux hommes, ça fait à jamais un et un.
Il faisait très orphelin dans son complet de flanelle dont le revers était barré d'un crêpe noir.
Nadine a raison, il vaut mieux être deux... Par le fait, lorsque je me retrouvai devant cette maison démente, je fus bien contente d'avoir Robert avec moi.
Mes devoirs d'intellectuel, le respect de la vérité, ce sont des fariboles.
Si j'ai pris part à des manifestations, si je me suis engagée dans une action proprement féministe, c'est que mon attitude touchant la condition de la femme a évolué.
On épuisait les souvenirs, anecdotes, citations, bons mots, calembredaines du folklore familial.
Qu'est-ce que tu crois qu'ils font à Berlin cette nuit les bons Cosaques ? massacres et viols ! Tu parles d'un foutoir.
A ses yeux, nous étions typiquement des frankaouis et il lui suffisait parfois de nous regarder pour rire aux éclats.
«Ca lui passera !» se dit Henri. Il avait décidé de ne plus se frapper: les choses tournaient toujours moins mal qu'on ne pensait.
Nous sommes des hommes de gauche; le mouvement gaulliste est soutenu par le grand capitalisme et il n'est pas question de nous allier à lui.
Les joies et les peines des hommes correspondent à leurs mérites.
Dans les siècles révolus, dans le silence des êtres inanimés je pressentais ma propre absence: je pressentais la vérité, fallacieusement conjurée, de ma mort.
Je plaignais les grandes personnes dont les semaines étales sont à peine colorées par la fadeur des dimanches. Vivre sans rien attendre me paraissait affreux.
Ce que je comprenais le moins, c'est que la connaissance conduisît au désespoir.
Dans les livres, les gens se font des déclarations d'amour, de haine, ils mettent leur coeur en phrases; dans la vie, jamais on ne prononce de paroles qui pèsent.

Œuvres de Simone de Beauvoir

A propos de la mort de François Mauriac.Cité par Olivier Todd dans Un fils rebelle (1981).Correspondance croisée avec Jacques-Laurent Bost (2004)Entretien donné en janvier 1978 par la féministe, auteure du « Deuxième Sexe », à Pierre Viansson-Ponté, pour Le MondeIn La force des choses de Simone de BeauvoirL'Amérique au jour le jourL'Amérique au jour le jour (1948)L'InvitéeL'Invitée (1943)La Femme rompue (1968)La Force de l'âge (1960)Le Deuxième Sexe (1949)Le Sang des autresLes Belles Images (1966)Les Mandarins (1954)Les Temps modernes, numéros 109 à 115 (1955), Jean-Paul Sartre.Les bouches inutilesLes bouches inutiles (1945)Lettres à Nelson Algren (1997)Mémoires d'une jeune fille rangée (1958)