Auteur

Sándor Márai

Il y avait, dans cette maison, quatre salles de bain... Et, dans chacune, du papier toilette de la couleur du carrelage, importé d'Amérique.
Les hommes ne sont jamais aussi dangereux que quand ils se vengent des crimes qu'ils ont commis eux-mêmes.
Il est tragique que l'héroïsme suprême auquel cette génération a été appelée ne soit pas l'héroïsme, mais la résistance.
Soit on est riche, observe Judit, et on l'est, mystérieusement pour toujours, soit on ne l'est pas, et alors, on a beau avoir de l'argent, on ne le devient jamais.
Je méprise ceux qui méprisent l'argent. Il y a plus d'imaginaire dans un billet de mille dollars que chez un écrivain ou un peintre moyen. Dedans, il y a du voyage, et si je veux, de l'art également. Il y a de tout, dans certaines limites.
Une ville ne s'appréhende pas seulement avec les yeux et les oreilles. Non c'est d'abord avec le nez, ensuite avec l'estomac, et finalement avec les nerfs. Les plus fortes sensations sont olfactives.
Une ville n'est pas seulement constituée de pierre et de verre, de fer et d'arbres mais aussi de tout le rayonnement qui émane d'elle au cours des années.
Le métier? Ce n'est pas si important, il y en a tant. Qu'on soit chapelier, vendeur de parapluies ou professeur d'université, finalement on vit de quelque chose.
On acquiert une morale au cours de la vie, comme on acquiert une culture ou des bonnes manières.
Exiger la fidélité n'est-ce pas agir en égoïste et en présomptueux ? Voulons-nous réellement le bonheur de l'être aimé quand nous lui réclamons sa fidélité ?
Même une grande passion ne saurait causer la satisfaction que procure l'amitié à ceux qu'elle touche de son pouvoir magique.
Le monde est un matériau qu'il faut modeler et maitriser !
Rien n'est plus rare parmi les jeunes qu'un sentiment désintéressé qui n'exige ni aide ni sacrifice. La jeunesse escompte toujours le sacrifice de ceux à qui elle a confié ses espérances.
Une chose est pire que n'importe quelle souffrance c'est la perte de l'estime de soi.
On peut passer sa vie à taire l'essentiel. Quelquefois même, on en meurt. Mais il arrive qu'on ait la possibilité de parler ; alors il n'est pas permis de continuer à se taire.
La vie est un poison quand elle n'est plus qu'un instrument à combler l'ambition, l'orgueil, la jalousie.
Mais qu'est-ce que ça veut dire au juste : aimer quelqu'un ? J'ai cru longtemps que c'était connaitre l'autre pleinement, connaitre chacun des réflexes de son corps, toutes les vibrations de son âme... voilà, connaitre, c'est peut-être aimer.
Dans le temps qui s'écoule, rien ne se perd. Mais, petit à petit tout pâlit, comme ces très vieilles photographies faites sur une plaque métallique.
On ne vieillit pas en une seule fois, mais par petits bouts.
En fait, la plupart des êtres humains sont incapables de donner et de recevoir, leur lâcheté et leur vanité s'y opposent, ils ont peur de l'échec, peur de se livrer à autrui, de révéler leur secret, leur triste faiblesse, leur besoin vital de tendresse.
Privées de paroles, les choses restent muettes, et d'autant plus graves et dangereuses. Parler, crier, pleurer apporte toujours un soulagement.
Il n'est pas de voie plus désespérée que celle menant à la perfection ; chaque pas s'ouvre sur des horizons nouveaux et infinis : on est saisi d'épouvante à voir ces distances en sachant qu'on n'a pas le droit de reculer, ni de se reposer, sinon on tombe.
Il ne suffit pas d'aimer quelqu'un. Il faut aimer avec courage. Il faut aimer comme un voleur, tout faire pour qu'aucune loi divine ou terrestre ne vienne contrecarrer cet amour.
La signification des mots n'est pas seulement dans leur sens propre mais aussi dans le territoire qu'ils illuminent. On avance dans l'obscurité, seuls quelques mots nous éclairent.
Le craquement d'une allumette la nuit est un moyen aussi sûr de tirer quelqu'un de son sommeil qu'un coup de canon et obtient le même effet.

Œuvres de Sándor Márai

Divorce à Buda (1935)Journal (1953-1956)Journal (1958)L'Etrangère (1934)L'Héritage d'Esther (1939)La soeur (1946)Le premier amour (2008)Les Braises (1942)Les étrangers (1930)Métamorphose d'un mariage (2006)Métamorphoses d'un mariage (1980)Métamorphoses d'un mariage (2006)