Alors, forcément si on me vole un lapin toutes les nuits, forcément que j'en aurai bientôt plus.
Il souffrait trop de ses caprices, de ses mensonges, de ses imbécillités. C'était une irresponsable, une extravagante sans sensibilité.
Autant l'aider à vider son tonneau, expliquait Pejat, sans ça le vin serait perdu. -Très juste, Auguste, approuva Talon qui avait l'esprit à la plaisanterie.
La maladie. On dit des bêtes, à la campagne, qu'«elles ont la maladie», sans préciser laquelle. Henri avait «la maladie». Il n'était plus chez lui dans sa peau.
J'avais un ami éditeur qui publiait des mandarins de la phlébologie, de la dermatologie ou de la stomatologie. Je lui présentait mon toubib balbutiant, ma généraliste débutante.
«A bas le quotidien!» avais-je lu sur un mur de Paris, et j'avais en moi-même félicité ce beau poète anonyme.
J'ai dit un certain mal de toi avec une délectation d'ami fidèle. On ne t'estime que parce que tu es intelligent. Moralité: si tu étais idiot, personne ne t'aimerait.
Brassens a deux faces. Les plus délicats préféreront toujours «La chasse aux papillons» à «Hécatombe» sans voir qu'elles sont inséparables dans le coeur et dans l'esprit de leur auteur.
Il faut avoir le courage dans la vie de quitter sa péniche, sinon on vogue au fil de l'eau en se faisant du cinoche et on crève sans être allé ailleurs qu'au cinoche.
Y a une façon d'être jeune, puis une manière d'utiliser les restes. L'âge faut faire avec. C'est tout.
Avec les femmes, on ne perd jamais tout à fait son temps.
Il n'est pas de femmes inaccessibles, sauf celle qu'on aime.
Et alors ? Tous les grands peintres, ça picolait. Tous des poivres. Van Gogh, Utrillo, la peinture à l'eau c'était pas leur fort.
Il est un des visages de l'enfer, certes, effrayant, qui est l'attente. Mais le plus réussi, dans l'horreur, est de ne plus attendre.
On perd sa mère, on se console, certes, mais on n'a plus de mère, jamais.
Nous avions encore de beaux restes, mais les beaux restes malgré tout ne sont que des restes.
L'inconvénient de ces amours «intelligentes», voire «intellectuelles», est que nul ne s'y laisse vivre, flotter sur l'eau, dorer au soleil. Une torture s'y apaise-t-elle qu'un supplice tout neuf la remplace aussitôt.
Quand on donne tout de soi, à la volée, comment comprendre qu'en face on compte-goutte ?
Quand se concrétise un rêve, l'embarras naît de ce qu'il a perdu, ce rêve, sa spécificité de rêve.
Ceux que tient la passion du jeu ne gardent pas en poche l'argent du taxi, pour le retour. Ils s'estiment, superbes, au-dessus de tout cela. Quand ils perdent, c'est pour tout perdre.
Ce n'est pas si grand, une femme, qu'il ne faille pas l'économiser. Il est sage, il est bon de ne pas en faire le tour trop vite, même avec les bras.
J'aurais voulu être elle pour être aimé par moi.
L'amour est un crime, l'assassin celui qui n'aime pas.
Que croire, désormais, qui croire au monde ? Tous ces beaux serments, tous ces «je te le jure» ont misérablement sombré au fil des jours de tous les jours.
Quand le bonheur ramasse un coup de vieux, c'est avec une pelle.
Œuvres de René Fallet
Banlieue sud-est (1947)Brassens (1967)Carnets de jeunesse (1990-1994)Chroniques de la vie quotidienne (2006)Interviewé par Michel Audiard dans Lire en janvier 1982.L'Amour baroque (1971)L'Angevine (1982)La soupe aux chouxLe Beaujolais nouveau est arrivé (1975)Le triporteur (1951)Les Vieux de la vieille (1958)Mozart assassiné (1963)Paris au mois d'août (1964)Pigalle (1949)Une poignée de main (1959)Y a-t-il un docteur dans la salle ? (1977)Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)