Auteur

Pierre Lemaitre

La maison d'arrêt porte bien son nom. Ici, hormis les trafics en tout genres, toute la vie s'arrête, ou à peu près.
Une photo, ce n'est que du réel. Un dessin, c'est de la réalité, la vôtre, habillée par votre imaginaire, vos fantasmes, votre culture, votre vie.
Mourir le dernier, c'est comme mourir le premier, rien de plus con.
On imagine souvent que les puissants sont grands, on est surpris de les trouver normaux.
Un militaire, vous lui retirez la guerre qui lui donnait une raison de vivre et une vitalité de jeune homme, vous obtenez un croûton hors d'âge.
Somme toute, une guerre mondiale, ça n'était jamais qu'une tentative de meurtre généralisée à un continent.
Certes, la guerre avait été meurtrière au-delà de l'imaginable, mais si on regardait le bon côté des choses, elle avait permis aussi de grandes avancées en matière de chirurgie maxillofaciale.
Le pays tout entier était saisi d'une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des vivants.
Savoir qu'on ne risque rien, que tout s'arrangera, ça désinhibe. On peut dire tout ce qu'on veut, comme on veut. En plus, ça rassure : plus on se met en danger, plus on mesure ses protections.
Autant il aime les requêtes, le général, autant il déteste les enquêtes. C'est un militaire.
Pour un militaire, une guerre qui se termine, c'est pire que tout.
Difficilement soluble, cela ne veut pas dire insoluble.
Plus on espère la paix, moins on donne de crédit aux nouvelles qui l'annoncent, manière de conjurer le mauvais sort.
Les femmes font toujours des régimes auxquels elles adorent faire des infidélités.
Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps.
Les lieux d'un crime sont parfois plus angoissants à ce stade qu'en présence des cadavres parce qu'il semble que la mort a frappé une seconde fois en les faisant disparaître.
C'est aux moyens dont la police dispose qu'on mesure l'intérêt que suscitent, en haut lieu, les grandes affaires médiatiques.
Ce qui est difficile ce n'est pas d'être chômeur, c'est de continuer à vivre dans une société fondée sur l'économie du travail. Où que vous tourniez les yeux, il n'est question que de ce qui vous manque.
Tout le monde ne vient pas aux tests d'embauche avec un Beretta chargé de balles réelles. C'est peut-être un tort d'ailleurs. Ca va sûrement en faire réfléchir plus d'un.
Le marketing consiste à vendre des choses à des gens qui n'en veulent pas, le management à maintenir opérationnels des cadres qui n'en peuvent plus.
Travailler n'est plus suffisant, il faut adhérer. Avant, il fallait être d'accord avec l'entreprise, aujourd'hui il faut fusionner avec elle. Ne faire qu'un.
Je cherche du travail comme les chiens reniflent les réverbères. Sans illusion, mais c'est plus fort que moi.
J'adore Internet. Tout s'y trouve. Quoi que vous cherchiez de moche, c'est le seul endroit au monde où vous êtes certain de le trouver. Le Net doit ressembler à l'inconscient des sociétés occidentales.
L'amour n'est qu'une variante du chantage.
Qu'est ce que c'est beau chez les bourgeois. Ils seraient moins cons, ça donnerait presque envie d'en faire partie.

Œuvres de Pierre Lemaitre

Alex (2011)Au revoir là-haut (2013)Cadres noirs (2010)Robe de marié (2009)Sacrifices (2012)Travail soigné (2006)Trois jours et une vie (2016)