L'impossibilité de réduire à la prose son ouvrage, celle de le dire, ou de le comprendre en tant que prose sont des conditions impérieuses d'existence, hors desquelles cet ouvrage n'a poétiquement aucun sens.
L'incrédule intelligent tient nécessairement le prêtre pour une énigme, pour un monstre, mi-homme, mi-ange, dont il s'étonne, dont il sourit, dont il s'inquiète assez souvent. Il se demande: Comment peut-on être prêtre?
Prévoir est à la fois l'origine et le moyen de toutes les entreprises, grandes ou petites. C'est aussi le fondement présumé de toute la politique.
En somme, tout pouvoir est exactement dans la situation d'un établissement de crédit dont l'existence repose sur la seule probabilité (d'ailleurs très grande), que tous les clients à la fois ne viendront pas le même jour réclamer leurs dépôts.
Je confesse que j'ai coutume de distinguer dans les problèmes de l'esprit ceux que j'aurais inventés et qui expriment un besoin réellement ressenti par ma pensée, et les autres, qui sont les problèmes d'autrui.
Obscur se fait nécessairement celui qui ressent très profondément les choses et qui se sent en union intime avec ces choses mêmes. Car la clarté cesse à quelques coudées de la surface.
Il faut n'appeler Science: que l'ensemble des recettes qui réussissent toujours. Tout le reste est littérature.
Le monde est irrégulièrement semé de dispositions régulières. Les cristaux en sont; les fleurs, les feuilles; maints ornements de stries, de taches sur les fourrures, les ailes, les coquilles des animaux, les traces du vent sur les sables et sur les eaux.
Une révolution fait en deux jours l'ouvrage de cent ans, et perd en deux ans l'oeuvre de cinq siècles.
La plus forte et la plus nécessaire haine va à ceux qui sont ce que nous voudrions être: et d'autant plus âpre que cet état est plus attaché à la personne même.
L'amour est-il pas dégoûtant avec tous ses jus, ses sueurs, ses baves, et ses chaleurs.
Amour est idiot. Mais par une perversité des choses de ce monde, on est idiot quand on n'aime pas. Amour est idiot, mais c'est le seul moyen de se sentir l'intelligence de la vie.
Le vrai courage est la quantité de simulation disponible; et s'il n'y a pas simulation, il y a insensibilité et non courage.
Le vrai «snob» est celui qui craint d'avouer qu'il s'ennuie quand il s'ennuie; et qu'il s'amuse quand il s'amuse.
Le son, lui-même, le son pur, est une sorte de création. La nature n'a que des bruits.
Si la stratégie veut ignorer la tactique, la tactique ruine la stratégie. La bataille d'ensemble gagnée sur la carte est perdue en détail sur les coteaux.
Le style résulte d'une sensibilité spéciale à l'égard du langage. Cela ne s'acquiert pas; mais cela se développe.
Mais toute pensée généralement quelconque peut être «suprême pensée». S'il en était autrement, s'il en fût une suprême en soi et par soi, nous pourrions la trouver par réflexion ou par hasard.
La crainte a élevé des temples, la crainte s'est enfin changée en ces merveilleuses supplications de pierre, en édifices magnifiquement significatifs, qui sont peut-être la plus haute expression humaine de beauté et de volonté.
La tendresse avec la tendresse font ensemble une unité de réalité - ou la veulent faire. Tendresse est tendance à se livrer en toute faiblesse à la douceur d'être faible.
Il est clair que toute «tentation» résulte de l'action de la vue ou de l'idée de quelque chose qui éveille en nous la sensation qu'elle nous manquait.
C'est là véritablement traduire, qui est de reconstituer au plus près l'effet d'une certaine cause, - ici un texte de langue espagnole au moyen d'une autre cause, - un texte de langue française.
Et notre économie hésite à chaque instant entre un développement illimité de la symbolique des échanges, et un retour tout à fait inattendu au système primitif, au système des sauvages, au troc.
Tout l'être peu à peu s'intéresse à l'image qui appelle tout l'être au secours de son insuffisance. Aimer - être troublé par l'idée d'une possibilité; et ce possible se faisant besoin, soif impérieuse, obsession.
L'utile est ce qui répond à la satisfaction des besoins physiologiques des hommes, ce dont la possession affranchit l'homme de quelque sensation de peine, de déficience, de diminution physiquement définie.
Œuvres de Paul Valéry
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