La supériorité comme cause de l'impuissance: être incapable d'une sottise qui peut-être «avantageuse».
Un homme tirait au sort toutes ses décisions. Il ne lui arriva pas plus de mal qu'aux autres qui réfléchissent.
Que si le moi est haïssable, aimer son prochain comme soi-même devient une atroce ironie.
On parle bien plus volontiers de ce qu'on ignore. Car c'est à quoi l'on pense. Le travail de l'esprit se porte là, et ne peut se porter que là.
On a trop réduit la connaissance de la langue à la simple mémoire. Faire de l'orthographe le signe de la culture, signe des temps et de sottise.
Le débat religieux n'est plus entre religions, mais entre ceux qui croient que croire a une valeur quelconque, et les autres.
Les plus grands hommes sont des hommes qui ont osé se fier à leurs jugements propres, - et pareillement les plus sots.
Je ne puis penser que la «Nature» était inconnue avant Rousseau; ni la méthode avant Descartes; ni l'expérience avant Bacon; ni tout ce qui est évident avant quelqu'un. - - Mais quelqu'un a battu le tambour.
Les sots croient que plaisanter, c'est ne pas être sérieux, et qu'un jeu de mots n'est pas une réponse. - Pourquoi cette conviction chez eux? - C'est qu'il est de leur intérêt qu'il en soit ainsi. C'est raison d'Etat, il y va de leur existence.
Trait d'esprit, - est usage du mot ou de l'acte pour son effet de choc instantané. Faible masse, grande vitesse. Il y a des traits de sottise aussi considérables, aussi rares, aussi précieux que des traits d'esprit.
Les objections naissent souvent de cette simple cause que ceux qui les font n'ont pas trouvé eux-mêmes l'idée qu'ils attaquent.
L'imbécile est celui qui ne sait se servir, qui n'a pas l'idée de se servir, de ce qu'il possède. Tout le monde en est là.
A Boileau. - Il est très malaisé d'énoncer clairement ce que l'on conçoit plus nettement que ceux qui ont créé les formes et les mots du langage, - parmi lesquels ceux qui nous ont appris à parler.
Un ouvrage est d'autant plus clair qu'il contient plus de choses que le lecteur eût formées lui-même sans peine et sans pensée.
Il faut, un jour d'énergie, prendre le livre que l'on tient pour ennuyeux, lui ordonner d'être, essayer de reconstituer l'intérêt qu'y a pris l'auteur.
Le mensonge sera souvent le péché du questionneur lequel rend la vérité dangereuse.
Rien de plus original, rien de plus soi que de se nourrir des autres. Mais il faut les digérer. Le lion est fait mouton assimilé.
La politesse, c'est l'indifférence organisée. - Le sourire est un système. - Les égards sont des prévisions.
Un fait mal observé est plus perfide qu'un mauvais raisonnement.
Sans les religions, les sciences n'eussent pas existé, car la tête humaine n'aurait pas été habituée à s'écarter de l'apparence immédiate et constante qui lui définit la réalité.
Le réveil fait aux rêves une réputation qu'ils ne méritent pas.
Le rêve est le phénomène que nous n'observons que pendant son absence. Le verbe rêver n'a presque pas de «présent». - Je rêve, tu rêves, - ce sont figures de rhétorique, car c'est un éveillé qui parle ou un candidat au réveil.
L'homme insoucieux, l'imprévoyant, est moins accablé et démonté par l'événement catastrophique que le prévoyant. - Pour l'imprévoyant, le minimum d'imprévu. - Quoi d'imprévu pour qui n'a rien prévu?
Dieu créa l'homme et, ne le trouvant pas assez seul, il lui donna une compagne pour lui faire mieux sentir sa solitude.
Un livre n'est après tout qu'un extrait du monologue de son auteur. L'homme ou l'âme se parle; l'auteur choisit dans ce discours.