Œuvre
Regards sur le monde actuel (1931)
Je ressentis toutefois ces événements distincts non comme des accidents ou des phénomènes limités mais comme des symptômes ou des prémisses, comme des faits significatifs ...
C'est lui (le lecteur) dont le sentiment admettra ou rejettera certains faits, décidera ce qui est histoire et ce qui ne l'est point.
L'avenir, par définition, n'a point d'image. L'histoire lui donne les moyens d'être pensé.
Les grandes choses sont accomplies par des hommes qui ne sentent pas l'impuissance de l'homme.
Sous le nom d'histoire de l'Europe, je ne voyais qu'une collection de chroniques parallèles qui s'entremêlaient par endroits.
Vous êtes des cobayes, chers hommes, et des cobayes fort mal utilisés, puisque les épreuves que vous subissez ne sont infligées, variées, répétées qu'au petit bonheur.
Une sage Compagnie peut bien, comme une personne, considérer sa vie, interroger ses souvenirs, faire un examen de sa conscience.
Nos constructeurs des grandes époques ont toujours visiblement conçu leurs édifices d'un seul jet et non en deux mouvements de l'esprit ou en deux séries d'opérations, les unes relatives à la forme, les autres à la matière.
Les masses les plus nombreuses furent vraisemblablement celles apportées par les courants de l'Est.
On le voit, la nation française est particulièrement difficile à définir d'une façon simple; et c'est là même un élément assez important de sa définition que cette propriété d'être difficile à définir.
Un dégustateur de bordeaux qui dit d'un vin qu'il fait la queue de paon dans la bouche s'égale à plus d'un poète.
Il est remarquable que la dictature soit à présent contagieuse, comme le fut jadis la liberté.
Quant à la diction, mère de la Poésie, j'observe que le français, bien parlé, ne chante presque pas. Notre discours est de registre peu étendu ...
Dépouillons l'écrivain du lustre que lui conserve encore la tradition et regardons-le dans la réalité de sa vie d'artisan d'idées et de praticien du langage écrit.
Un «écrivain, en France, est autre chose qu'un homme qui écrit et publie. Un auteur, même du plus grand talent, connût-il le plus grand succès, n'est pas nécessairement un «écrivain». Tout l'esprit, toute la culture possible, ne lui font pas un «style».
Les hommes éminents des spécialités les plus différentes finissent toujours par s'y rencontrer et faire échange de leurs richesses.
Il suffirait d'un petit essaim de philologues ou de lexicographes, réunis à quelques écrivains pour tenir continuellement à jour la table des mots vivants à telle époque.
L'homme a conquis toute l'étendue habitable: la terre, la mer, l'air et la nuit lui appartiennent, et jusqu'à l'éther, - si éther est un nom qui convienne encore à l'espace ondulatoire.
Nos contacts avec l'étranger, qu'il soit ami, ennemi ou neutre, ne laissent pas de nous rendre de plus en plus sensibles à notre personnalité française.
Notre langue s'oppose très souvent à une expression immédiate de la pensée, et nous oblige à une élaboration plus pénible, sans doute, et plus intime, de nos intentions ou impulsions qu'il est nécessaire en d'autres nations.
Je l'interprète ainsi: les organes de la vie, les fonctions de notre organisme et celles de l'esprit, toutes ces propriétés et facultés du vivant comportent de quoi nous permettre de nous adapter, en quelque mesure, à ce qui va arriver.
Le passé, plus ou moins fantastique, ou plus ou moins organisé après coup, agit sur le futur avec une puissance comparable à celle du présent même.
Nous jouissions d'un imprévu limité, ce qui donnait une grande valeur à l'Histoire. Elle nous apprenait qu'il faut, en gros, s'attendre à ce qui a été.
L'Histoire justifie ce que l'on veut. Elle n'enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout.
Le fait d'être communément reçus, qui donnait autrefois une force invincible aux jugements et aux opinions, les déprécie aujourd'hui.