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Milan Kundera

Il n'était pas obsédé par les femmes, il était obsédé par ce que chacune d'elles a d'inimaginable, autrement dit, il était obsédé par ce millionième de dissemblable qui distingue une femme des autres.
Nul d'entre nous n'est un surhomme et ne peut échapper entièrement au kitsch. Quelque soit le mépris qu'il nous inspire, le kitsch fait partie de la condition humaine.
N'était-ce pas plutôt la réaction hystérique d'un homme qui, comprenant en son for intérieur son inaptitude à l'amour, commençait à se jouer à lui-même la comédie de l'amour ?
Une joie sur laquelle pèse l'obligation de remplacer d'autres joies est bien sûr une joie usée.
Il savait que la joie que donnent les enfants ne peut remplacer d'autres joies, et qu'une joie sur laquelle pèse l'obligation de remplacer d'autres joies est bien vite une joie usée.
Elle sait que la beauté est un monde trahi. On ne peut la rencontrer que lorsque ses persécuteurs l'ont oubliée par erreur quelque part.
La beauté se cache derriére les décors d'un cortége de 1er mai. Pour la trouver, il faut crever la toile du décor.
Un événement n'est-il pas d'autant plus important et chargé de signification qu'il dépend d'un plus grand nombre de hasards? Seul le hasard peut nous apparaître comme un message.
Les vies humaines sont composées comme une partition musicale.
Qu'est-ce que la beauté? dit Franz et il pensa tout à coup à un vernissage auquel il avait dû récemment assister aux côtés de sa femme. La vanité infinie des discours et des mots, la vanité de la culture, la vanité de l'art.
Le fleuve coule de siècle en siècle et les histoires des hommes ont lieu sur la rive. Elles ont lieu pour être oubliées demain et que le fleuve n'en finisse pas de couler.
Le drame d'une vie peut toujours être exprimé par la métaphore de la pesanteur. On dit qu'un fardeau nous est tombé sur les épaules. On porte ce fardeau, on le supporte ou on le le supporte pas, on lutte avec lui, on perd ou on gagne.
Comme on est sans défense devant la flatterie! Quand on se trouve en face de quelqu'un qui est aimable déférent, courtois, il est très difficile de se convaincre à chaque instant que rien de ce qu'il dit n'est vrai, que rien n'est sincère.
Thomas se répète le proverbe allemand: einmal ist keinmal, une fois ne compte pas, une fois c'est jamais.
J'ai déjà dit que les métaphores sont dangereuses. L'amour commence par une métaphore. Autrement dit: l'amour commence à l'instant où une femme s'inscrit par une parole dans notre mémoire poétique.
Aimer, c'est renoncer à la force.
Celui qui veut continuellement «s'élever» doit s'attendre à avoir un jour le vertige.
Le seul moyen de sauver l'amour de la bêtise de la sexualité ce serait de régler autrement l'horloge dans notre tête et d'être excité à la vue d'une hirondelle.
Si l'excitation est un mécanisme dont se divertit le Créateur, l'amour est au contraire ce qui n'appartient qu'à nous et par quoi nous échappons au Créateur. L'amour, c'est notre liberté.
Il me fallut encore un moment pour comprendre que mon histoire (malgré le silence glacial qui m'entourait) n'est pas du genre tragique, mais plutôt comique. Ce qui m'apporta une sorte de consolation.
C'est toujours ce qui se passe dans la vie: on s'imagine jouer son rôle dans une certaine pièce, et l'on ne soupçonne pas qu'on vous a discrètement changé les décors, si bien que l'on doit, sans s'en douter, se produire dans un autre spectacle.
Ce qui n'est pas l'effet d'un choix ne peut être tenu ni pour un mérite ni pour un échec.
Il n'est rien de plus lourd que la compassion. Même notre propre douleur n'est pas aussi lourde que la douleur coressentie avec un autre, pour un autre, à la place d'un autre, multipliée par l'imagination prolongée dans des centaines d'échos.
Moi, je DOIS mentir pour ne pas prendre au sérieux des fous et ne pas devenir moi-même fou.
C'est une étrange loi de la nature. La femme laide espère profiter de l'éclat de son amie plus jolie, et celle-ci espère briller d'un plus grand éclat sur le fond de la laideur.

Œuvres de Milan Kundera

ApocrypheJacques et son maîtreJacques et son maître, Introduction à une variationL'Ignorance (2003)L'art du romanL'identitéL'identité (1997)L'immortalitéL'immortalité (1990)L'insoutenable légèreté de l'être (1984)L'insoutenable légèreté de l'être (1984), VII, 2La Plaisanterie (1975)La Vie est ailleurs (1973)La lenteurLa lenteur (1995)La valse aux adieuxLa valse aux adieux (1976)La vie est ailleursLe Livre du rire et de l'oubli (1979)Le Rideau (2005)