Œuvre

Le Livre du rire et de l'oubli (1979)

On ne veut être maître de l'avenir que pour pouvoir changer le passé.
Seul son mari lui posait sans arrêt des questions, parce que l'amour est une interrogation continuelle. Oui, je ne connais pas de meilleure définition de l'amour.
Celui qui veut se souvenir ne doit pas rester au même endroit et attendre que les souvenirs viennent tout seuls jusqu'à lui! Les souvenirs se sont dispersés dans le vaste monde et il faut voyager pour les retrouver et les faire sortir de leur abri!
Celui qui ne se soucie pas du but, ne demande pas où il va!
La mort a un double aspect: Elle est le non-être. Mais elle est aussi l'être, l'être atrocement matériel du cadavre.
L'homme, bien qu'il soit lui-même mortel, ne peut se représenter ni la fin de l'espace, ni la fin du temps, ni la fin de l'histoire, ni la fin d'un peuple, il vit toujours dans un infini illusoire.
... les enfants sont aussi sans passé et c'est tout le mystère de l'innocence magique de leur sourire.
La laideur de l'homme c'est la laideur des vêtements.
Le droit intangible du romancier, c'est de pouvoir retravailler son roman.
Les femmes ne recherchent pas le bel homme. Les femmes recherchent l'homme qui a eu de belles femmes.
... la beauté est l'étincelle qui jaillit quand, soudainement, à travers la distance des années, deux âges différents se rencontrent. ... la beauté est l'abolition de la chronologie et la révolte contre le temps.
Toute mystique est outrance.
Concevoir le diable comme un partisan du Mal et l'ange comme un combattant du Bien, c'est accepter la démagogie des anges.
Danser dans une ronde est magique; la ronde nous parle depuis les profondeurs millénaires de la mémoire.
Elle l'aimait trop pour pouvoir admettre que ce qu'elle qualifiait d'inoubliable pût être oublié.
C'est dans les dossiers des archives de la police que se trouve notre seule immortalité.
... maintenant qu'il était mort, son mari n'avait plus qu'elle, plus qu'elle au monde!
... le roman est le fruit d'une illusion humaine. L'illusion de pouvoir comprendre autrui.
Depuis James Joyce, ... nous savons que la plus grande aventure de notre vie est l'absence d'aventures.
Nous écrivons des livres parce que nos enfants se désintéressent de nous. Nous nous adressons au monde anonyme parce que notre femme se bouche les oreilles quand nous lui parlons.
L'homme, du fait qu'il écrit des livres, se change en univers ... et le propre d'un univers c'est justement d'être unique. L'existence d'un autre univers le menace dans son essence même.
Celui qui écrit des livres est tout (un univers unique pour lui-même et pour tous les autres) ou rien. Et parce qu'il ne sera jamais donné à quelqu'un d'être tout, nous tous qui écrivons des livres, nous ne sommes rien.
... il est des regards à la tentation desquels personne ne résiste: par exemple le regard sur un accident de la circulation ou sur une lettre d'amour qui appartient à l'autre.
... la mémoire du dégoût est plus grande que la mémoire de la tendresse!
Celui qui est absolument aimé ne peut être misérable.