Si l'on était responsable que des choses dont on a conscience, les imbéciles seraient d'avance absous de toute faute.
L'homme est tenu de savoir. L'homme est responsable de son ignorance. L'ignorance est une faute...
Au terme du véritable amour, il y a la mort, et seul l'amour au terme duquel il y a la mort est l'amour.
Au cinéma, quand quelqu'un meurt, une musique élégiaque retentit aussitôt, mais dans nos vies, quand meurt quelqu'un que nous avons connu, aucune musique ne se fait entendre.
Le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré : le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l'essence humaine a d'essentiellement inacceptable.
Le véritable amour est absolument sourd à ce que peut dire le reste du monde, c'est justement à cela qu'on le reconnaît.
A quoi rimerait un Hamlet privé du château d'Elseneur, d'Ophélie, de toutes les situations concrètes qu'il traverse, du texte de son rôle ? Qu'en resterait-il hormis je ne sais quelle essence muette et illusoire ?
Le souvenir n'est pas la négation de l'oubli. Le souvenir est une forme de l'oubli.
L'homme ne peut jamais savoir ce qu'il faut vouloir car il n'a qu'une vie et il ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans les vies ultérieures.
Au royaume du kitsch s'exerce la dictature du coeur.
On ne badine pas avec les métamorphoses. L'amour peut naître d'une seule métamorphose.
Il n'est rien de plus lourd que la compassion. Même notre propre douleur n'est pas aussi lourde que la douleur consentie avec un autre, pour un autre, à la place d'un autre, multiplié par l'imagination, prolongée dans des centaines d'échos.
Ce qui fait d'un homme de gauche un homme gauche ce n'est pas telle ou telle théorie, mais sa capacité à intégrer n'importe quelle théorie dans le kitsch appelé Grande Marche.
L'unicité du moi se cache justement dans ce que l'être humain a d'inimaginable. On ne peut imaginer que ce qui est identique chez tous les êtres, que ce qui leur est commun.
La première trahison est irréparable. Elle provoque, par réaction en chaîne, d'autres trahisons dont chacune nous éloigne de plus en plus du point de la trahison initiale.
On peut trahir des parents, un époux, un amour, une patrie, mais que restera-t-il à trahir quand il n'y aura plus ni parents, ni mari, ni amour, ni patrie ?
Vlasta et moi nous allongeâmes au fond du lit et j'avais l'impression que c'était la sage infinité de l'espèce humaine qui nous prenait dans ses bras moelleux.
Aimer quelqu'un par compassion, ce n'est pas l'aimer vraiment.
Il est incroyable que des individus hideux puissent se décider à procréer. Ils s'imaginent sans doute que le fardeau de la laideur en sera plus léger si nous le partageons avec notre descendance.
Devant, c'était le mensonge intelligible et derrière, l'incompréhensible vérité.
Le coeur serré, je pense au jour où Panurge ne fera plus rire.
La pesanteur, la nécessité et la valeur sont trois notions intrinsèquement liées : n'est grave que ce qui est nécessaire, n'a de valeur que ce qui pèse.
Si la maternité est le Sacrifice même, être fille c'est la Faute que rien ne pourra jamais racheter.
Il n'est rien de plus lourd que la compassion. Même notre propre douleur n'est pas aussi lourde que la douleur coressentie avec un autre, pour un autre, à la place d'un autre, multipliée par l'imagination, prolongée dans des centaines d'échos.
Toute la vie de l'homme parmi ses semblables n'est rien d'autre qu'un combat pour s'emparer de l'oreille d'autrui.
Œuvres de Milan Kundera
ApocrypheJacques et son maîtreJacques et son maître, Introduction à une variationL'Ignorance (2003)L'art du romanL'identitéL'identité (1997)L'immortalitéL'immortalité (1990)L'insoutenable légèreté de l'être (1984)L'insoutenable légèreté de l'être (1984), VII, 2La Plaisanterie (1975)La Vie est ailleurs (1973)La lenteurLa lenteur (1995)La valse aux adieuxLa valse aux adieux (1976)La vie est ailleursLe Livre du rire et de l'oubli (1979)Le Rideau (2005)