Œuvre

L'insoutenable légèreté de l'être (1984)

L'homme ne peut jamais savoir ce qu'il faut vouloir car il n'a qu'une vie et il ne peut la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures.
Ne pouvoir vivre qu'une vie, c'est comme ne pas vivre du tout.
Celui qui veut quitter le lieu où il vit n'est pas heureux.
Nous croyons tous qu'il est impensable que l'amour de notre vie puisse être quelque chose de léger, quelque chose qui ne pèse rien; nous nous figurons que notre amour est ce qu'il devait être; que sans lui notre vie se serait pas notre vie.
Pour qu'un amour soit inoubliable, il faut que les hasards s'y rejoignent dès le premier instant comme les oiseaux sur les épaules de saint François d'Assise.
L'homme, à son insu, compose sa vie d'après les lois de la beauté jusque dans les instants du plus profond désespoir.
La sensualité, c'est la mobilisation maximale des sens: on observe l'autre intensément et on écoute ses moindres bruits.
Ce qui distingue l'autodidacte de celui qui a fait des études, ce n'est pas l'ampleur des connaissances, mais des degrés différents de vitalité et de confiance en soi.
Le rêve est la preuve qu'imaginer, rêver ce qui n'a pas été, est l'un des plus profonds besoins de l'homme.
C'est une étrange folie d'obéir à quelqu'un d'étranger ...
Trahir, c'est sortir du rang et partir dans l'inconnu.
Le bruit a un avantage. On ne peut pas y entendre les mots.
La musique c'est la négation des phrases, la musique c'est l'anti-mot!
Qui cherche l'infini n'a qu'à fermer les yeux!
Avant de disparaître totalement du monde, la beauté existera encore quelques instants, mais par erreur. La beauté par erreur, c'est le dernier stade de l'histoire de la beauté.
Il est des choses qu'on ne peut accomplir que par la violence. L'amour physique est impensable sans violence.
Le jeune homme qui court après la gloire n'a aucune idée de ce qu'est la gloire. Ce qui donne un sens à notre conduite nous est toujours totalement inconnu.
La légèreté et la joyeuse futilité de l'amour physique.
Pour échapper à la souffrance, le plus souvent on se réfugie dans l'avenir. Sur la piste du temps, on imagine une ligne au-delà de laquelle la souffrance présente cessera d'exister.
Les amours sont comme les empires: que disparaisse l'idée sur laquelle ils sont bâtis, ils périssent avec elle.
Est-on innocent parce qu'on ne sait pas? un imbécile assis sur le trône est-il déchargé de toute responsabilité du seul fait que c'est un imbécile?
Comme on est sans défense devant la flatterie!
Quand on se trouve en face de quelqu'un qui est aimable, déférent, courtois, il est très difficile de se convaincre à chaque instant que rien de ce qu'il dit n'est vrai, que rien n'est sincère.
L'amour commence à l'instant où une femme s'inscrit par une parole dans notre mémoire poétique.
Il y a des idées qui sont comme un attentat.