Œuvre

L'insoutenable légèreté de l'être (1984)

Les personnages de mon roman sont mes propres possibilités qui ne se sont pas réalisées. ... Le roman n'est pas une confession de l'auteur, mais une exploration de ce qu'est la vie humaine dans le piège qu'est devenu le monde.
L'histoire est tout aussi légère que la vie de l'individu, insoutenablement légère, légère comme un duvet, comme une poussière qui s'envole, comme une chose qui va disparaître demain.
De deux choses l'une: ou bien la merde est acceptable (alors ne vous enfermez pas à clé dans les waters!), ou bien la manière dont on nous a créés est inadmissible.
Les mouvements politiques ne reposent pas sur des attitudes rationnelles mais sur des représentations, des images, des mots, des archétypes dont l'ensemble constitue tel ou tel kitsch politique.
Comment savoir à quel moment la souffrance devient inutile? comment déterminer l'instant où ça ne vaut plus la peine de vivre?
Ah! quelle horreur! nous rêvons d'avance la mort de ceux que nous aimons!
Un jour, on prend une décision, on ne sait pas comment, et cette décision a sa propre force d'inertie. Avec chaque année qui passe, il est un peu plus difficile de la changer.
On a tous tendance à voir dans la force un coupable et dans la faiblesse une innocente victime.
Le sommeil partagé était le corps du délit de l'amour.
Je l'ai vu, debout à une fenêtre de son appartement, les yeux fixés de l'autre côté de la cour sur le mur de l'immeuble d'en face, et il ne savait pas ce qu'il devait faire.
Cette réconciliation avec Hitler trahit la profonde perversion morale inhérente à un monde inféodé essentiellement sur l'inexistence du retour, car dans ce monde-là tout est d'avance pardonné et tout y est donc cyniquement permis.
Qui vit à l'étranger marche dans un espace vide au-dessus de la terre sans le filet de protection que tend à tout être humain le pays qui est son propre pays.
La fidélité est la première de toutes les vertus; elle donne son unité à notre vie qui, sans elle, s'éparpillerait en mille impressions fugitives.
La question est comme le couteau qui déchire la toile peinte du décor pour qu'on puisse voir ce qui se cache derrière.
La tristesse était la forme, et le bonheur le contenu. Le bonheur emplissait l'espace de la tristesse.
Les métaphores sont une chose dangereuse. On ne badine pas avec les métaphores. L'amour peut naître d'une seule métaphore.
Le hasard a de ces sortilèges, pas la nécessité. Pour qu'un amour soit inoubliable, il faut que les hasards s'y rejoignent dès le premier instant.
Un événement n'est-il pas d'autant plus important et chargé de signification qu'il dépend d'un plus grand nombre de circonstances fortuites?
Mais qu'est-ce que trahir? Trahir, c'est sortir du rang. Trahir, c'est sortir du rang et partir dans l'inconnu.
Crois-moi, un seul livre interdit dans ton ancien pays signifie infiniment plus que des milliards de mots que crachent nos universités.
Toute sa vie, il avait eu peur de la blesser et c'était uniquement pour cela qu'il s'était imposé la discipline volontaire d'une abêtissante monogamie. Voilà qu'il constatait au bout de vingt ans que ses égards avaient été tout à fait inutiles.
La présence physique de Sabina comptait beaucoup moins qu'il ne le croyait. Mais ce qui comptait c'était la trace dorée, la trace magique qu'il avait imprimée dans sa vie, et dont personne ne pourrait le priver.
Son drame n'était pas le drame de la pesanteur, mais de la légèreté. Ce qui s'était abattu sur elle, ce n'était pas un fardeau, mais l'insoutenable légèreté de l'être.
Ce sont les interrogations auxquelles il n'est pas de réponse qui marquent les limites des possibilités humaines et qui tracent les frontières de notre existence.
La sexualité est encore pour nous comme le coffret d'argent où se cache le mystère du moi féminin.