Œuvre

L'insoutenable légèreté de l'être (1984)

L'amour commence à l'instant où une femme s'inscrit avec une de ses paroles dans notre mémoire poétique.
Mais n'affirme-t-on pas qu'un auteur ne peut parler d'autre chose que de lui-même?
Dans une société régie par la terreur, les déclarations n'engagent à rien parce qu'elles sont extorquées par la violence et qu'un honnête homme a le devoir de ne pas y prêter attention, de ne pas les entendre.
Nous avons tous besoin que quelqu'un nous regarde.
En chassant l'homme du Paradis, Dieu lui a révélé sa nature immonde et le dégoût.
La merde est un problème théologique plus ardu que le mal.
L'instant où naît l'amour: la femme ne résiste pas à la voix qui appelle son âme épouvantée; l'homme ne résiste pas à la femme dont l'âme devient attentive à sa voix.
Dans la langue de Kant, même bonjour !, convenablement articulé, peut ressembler à une thèse de métaphysique. L'allemand est une langue de mots lourds.
Le moi individuel, c'est ce qui se distingue du général, donc ce qui ne se laisse ni deviner ni calculer d'avance, ce qu'il faut d'abord dévoiler, découvrir, conquérir chez l'autre.
Il n'était pas obsédé par les femmes, il était obsédé par ce que chacune d'elles a d'inimaginable, autrement dit, il était obsédé par ce millionième de dissemblable qui distingue une femme des autres.
Nul d'entre nous n'est un surhomme et ne peut échapper entièrement au kitsch. Quelque soit le mépris qu'il nous inspire, le kitsch fait partie de la condition humaine.
N'était-ce pas plutôt la réaction hystérique d'un homme qui, comprenant en son for intérieur son inaptitude à l'amour, commençait à se jouer à lui-même la comédie de l'amour ?
Elle sait que la beauté est un monde trahi. On ne peut la rencontrer que lorsque ses persécuteurs l'ont oubliée par erreur quelque part.
La beauté se cache derriére les décors d'un cortége de 1er mai. Pour la trouver, il faut crever la toile du décor.
Un événement n'est-il pas d'autant plus important et chargé de signification qu'il dépend d'un plus grand nombre de hasards? Seul le hasard peut nous apparaître comme un message.
Les vies humaines sont composées comme une partition musicale.
Qu'est-ce que la beauté? dit Franz et il pensa tout à coup à un vernissage auquel il avait dû récemment assister aux côtés de sa femme. La vanité infinie des discours et des mots, la vanité de la culture, la vanité de l'art.
Le fleuve coule de siècle en siècle et les histoires des hommes ont lieu sur la rive. Elles ont lieu pour être oubliées demain et que le fleuve n'en finisse pas de couler.
Le drame d'une vie peut toujours être exprimé par la métaphore de la pesanteur. On dit qu'un fardeau nous est tombé sur les épaules. On porte ce fardeau, on le supporte ou on le le supporte pas, on lutte avec lui, on perd ou on gagne.
Comme on est sans défense devant la flatterie! Quand on se trouve en face de quelqu'un qui est aimable déférent, courtois, il est très difficile de se convaincre à chaque instant que rien de ce qu'il dit n'est vrai, que rien n'est sincère.
Thomas se répète le proverbe allemand: einmal ist keinmal, une fois ne compte pas, une fois c'est jamais.
J'ai déjà dit que les métaphores sont dangereuses. L'amour commence par une métaphore. Autrement dit: l'amour commence à l'instant où une femme s'inscrit par une parole dans notre mémoire poétique.
Aimer, c'est renoncer à la force.
Celui qui veut continuellement «s'élever» doit s'attendre à avoir un jour le vertige.
Le seul moyen de sauver l'amour de la bêtise de la sexualité ce serait de régler autrement l'horloge dans notre tête et d'être excité à la vue d'une hirondelle.