Auteur

Michel Piccoli

Je n'ai jamais aimé être décoré. Encore moins épinglé. C'est très beau, mais ça signifie la mort comme pour les papillons.
Aujourd'hui, tout est devenu un commerce : l'art, l'existence, la sexualité, la quête du bonheur... Pourtant, c'est l'essentiel ! Chercher à s'épanouir simplement en restant honnête vis-à-vis de soi-même, sans s'être jamais mal vendu ou avoir été mal acheté, c'est pas mal non ?
Le cinéma… Il a fallu que je rencontre Jean-Pierre Melville pour commencer à m’y intéresser. Bien avant Le Doulos – le seul de ses films que j’ai tourné et qui a été le premier pour lequel des critiques m’ont remarqué –, Melville s’était pris d’amitié pour moi.
L'acteur n'existe que dans le regard des autres.
J’ai souvent été un double.
J'exerce maintenant trois métiers. C’est merveilleux ! Je suis d’abord « acteur de théâtre » et « acteur de cinéma ». Ce sont deux activités différentes, même si elles se complètent. Au théâtre, l’acteur, une fois le spectacle présenté au public, est le roi, maître de son jeu et de la mise en scène. Il peut imposer sa personnalité. Au cinéma, l’acteur reste une marionnette manipulée par le réalisateur, fût-il prestigieux.
Être décoré, ça signifie la mort comme pour les papillons .
Parvenu à un certain âge, on vous épingle Lear comme une décoration. Je n’ai jamais aimé être décoré. Encore moins épinglé. C’est très beau, mais ça signifie la mort comme pour les papillons.
La vraie question est celle du désir. Le mien, c’est de défendre un art qui s’interroge sur le pourquoi et le comment de l’existence. Je ne suis pas un acteur commercial. Je n’en tire aucune gloire, mais j’en suis fier. J’ai toujours été ainsi, depuis mes débuts.
Aujourd’hui, tout est devenu un commerce : l’art, l’existence, la sexualité, la quête du bonheur… Pourtant, c’est l’essentiel ! Chercher à s’épanouir simplement en restant honnête vis-à-vis de soi-même, sans s’être jamais mal vendu ou avoir été mal acheté, c’est pas mal non ?
J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie. J’ai rencontré des êtres d’exception.
Vous savez, passer son temps à bouleverser - ou à s’amuser à bouleverser - les autres, c’est une belle vie. Vous ne croyez pas ?
Acteur est un métier où il faut toujours se perfectionner, c’est un métier plein d’aléas où rien n’est jamais établi.
J’ai toujours joué des personnages difficiles. Je m’attache plus aux oeuvres qu’aux rôles. Je ne cherche pas à être le héros.
J'aurai bien voulu être médecin, mais j'étais trop paresseux. On devient acteur par paresse.
Quand j'aurai vécu la moitié de l'éternité, je viendrai sur terre pour vous le dire. Je ferai une conférence de presse...
J'ai fait un pacte avec Dieu. Je sais que je vivrai la moitié de l'éternité. Comme je ne crois pas en Dieu, m'amuser à dire que j'ai fait un pacte avec Lui et que grâce à ça, je ne mourrai pas, c'est plutôt réjouissant...
Être comédien, c'est un métier difficile. Il faut résister aux lumières, au temps qui passe.
Comme on a un coup de foudre pour une fille, on peut avoir un coup de foudre pour un homme. J'ai eu un coup de foudre pour Godard.
Au cinéma, on n'a pas besoin d'avoir appris le métier d'acteur pour être magnifique. Il y a la dimension de l'écran, le secret de la salle, la beauté de votre partenaire. On est dans le mythe, mais ce ne sont pas les acteurs qui fabriquent cette magie. On est comme des marionnettes tributaires du cadrage, de la lumière, du montage. Au théâtre, l'acteur est davantage maître du résultat.
Je n'ai pas choisi ce métier par fuite ou en pensant que j'allais gagner des millions et faire une carrière à Hollywood. Non, j'allais en cours comme on va en apprentissage. J'étais heureux d'apprendre des textes, de jouer la trahison, la passion. De jouer à séduire.
Je ne me suis pas laissé porter par la vie. Je n'étais pas l'artiste qui disait : Attendons que la bonne fée ou la muse se pose sur mon épaule ! J'ai eu la chance de passer à travers toutes les horreurs de l'existence en rencontrant des gens qui m'ont éveillé, enrichi, amusé, éduqué. .. Vous vous rendez compte de la chance que j'ai eue ? Cela dit, n'ayons pas peur des mots, cette chance, je l'ai beaucoup calculée.
L'une des plus belles joies, c'est de découvrir.
Je ne pleure jamais sur ce passé qui a été à la fois merveilleux et douloureux. Je ne regrette rien. Jamais. Si je n'avais pas fait toutes ces rencontres affectives et professionnelles, je n'existerais pas comme j'existe. À chaque fois qu'un de mes amis disparaît, j'ai l'impression qu'on me coupe un bras. Alors, comment je fais pour garder à mon âge ce regard étonné, qui est celui d'un enfant, devant la vie ?
J'ai une sorte d'inconscience, qui vient surtout de mon plaisir de vivre. Parce qu'avec toutes les personnes qui m'étaient indispensables pour respirer et qui, au fur et à mesure, sont mortes. Je continue pourtant à vivre et à travailler gaiement. C'est ça qui me trouble le plus. Cet espèce d'égoïsme extraordinaire.

Œuvres de Michel Piccoli

Entretien de la série \"A voix nue\" entre Laure Adler et le comédien Michel Piccoli , 2006Interview L'Express propos recueillis le 30/09/2000Interview La Croix, entretien par Didier Mereuze , le 14/02/2009Interview Radio Télévision Suisse réalisée en 1964« Le Monde » , février 2000« Le Monde » , juillet 1993« Le Monde » , septembre 2001« Michel Piccoli, la démesure d’un comédien », Didier Méreuze, La Croix, 13 février 2009