Œuvre

Interview L'Express propos recueillis le 30/09/2000

Quand j'aurai vécu la moitié de l'éternité, je viendrai sur terre pour vous le dire. Je ferai une conférence de presse...
J'ai fait un pacte avec Dieu. Je sais que je vivrai la moitié de l'éternité. Comme je ne crois pas en Dieu, m'amuser à dire que j'ai fait un pacte avec Lui et que grâce à ça, je ne mourrai pas, c'est plutôt réjouissant...
Être comédien, c'est un métier difficile. Il faut résister aux lumières, au temps qui passe.
Comme on a un coup de foudre pour une fille, on peut avoir un coup de foudre pour un homme. J'ai eu un coup de foudre pour Godard.
Au cinéma, on n'a pas besoin d'avoir appris le métier d'acteur pour être magnifique. Il y a la dimension de l'écran, le secret de la salle, la beauté de votre partenaire. On est dans le mythe, mais ce ne sont pas les acteurs qui fabriquent cette magie. On est comme des marionnettes tributaires du cadrage, de la lumière, du montage. Au théâtre, l'acteur est davantage maître du résultat.
Je n'ai pas choisi ce métier par fuite ou en pensant que j'allais gagner des millions et faire une carrière à Hollywood. Non, j'allais en cours comme on va en apprentissage. J'étais heureux d'apprendre des textes, de jouer la trahison, la passion. De jouer à séduire.
Je ne me suis pas laissé porter par la vie. Je n'étais pas l'artiste qui disait : Attendons que la bonne fée ou la muse se pose sur mon épaule ! J'ai eu la chance de passer à travers toutes les horreurs de l'existence en rencontrant des gens qui m'ont éveillé, enrichi, amusé, éduqué. .. Vous vous rendez compte de la chance que j'ai eue ? Cela dit, n'ayons pas peur des mots, cette chance, je l'ai beaucoup calculée.
L'une des plus belles joies, c'est de découvrir.
Je ne pleure jamais sur ce passé qui a été à la fois merveilleux et douloureux. Je ne regrette rien. Jamais. Si je n'avais pas fait toutes ces rencontres affectives et professionnelles, je n'existerais pas comme j'existe. À chaque fois qu'un de mes amis disparaît, j'ai l'impression qu'on me coupe un bras. Alors, comment je fais pour garder à mon âge ce regard étonné, qui est celui d'un enfant, devant la vie ?
J'ai une sorte d'inconscience, qui vient surtout de mon plaisir de vivre. Parce qu'avec toutes les personnes qui m'étaient indispensables pour respirer et qui, au fur et à mesure, sont mortes. Je continue pourtant à vivre et à travailler gaiement. C'est ça qui me trouble le plus. Cet espèce d'égoïsme extraordinaire.
J'ai toujours navigué entre mes passions personnelles et mes passions professionnelles. En fait, je me suis totalement investi dans tout ce que j'ai entrepris, quel que soit le domaine. Je me suis beaucoup amusé et, heureusement, ça continue.
Bien sûr, je me souviens. Les événements restent précis dans ma tête, mais je n'ai pas de nostalgie. Je n'ai aucun regret sur les ratages et ne tire aucune gloire de mes réussites.